12H48

C’était inefficace, j’avais beau regarder en face de moi, je ne voyais que l’infructueux, l’inutile ou pire, l’infécond. Mes yeux écarquillés par la drogue et l’alcool me rendaient mélancolique d’une stérilité d’imagination. Je ne voyais pas d’issue, pas d’exutoire ni de déversoir. Rien !! Il n’y avait rien !! Rien que ma foutue solitude et mes narcotiques pour alléger mes tics psychotiques.

L’insignifiance de ma personne était une frivolité chimérique aux yeux de tous,  on ne me regardait pas, on jetait un œil de temps à autre pour vomir sans consistance le fondement sans importance et sans conséquence de ma déchéance physique.

J’avais à peine honte mais les autres avaient des remords du passé, réfléchissaient au repenti sans y croire, il y avait du déshonneur dans leurs pupilles, de l’humiliation dans leur accointance à une personne, comme un déchet sans effet et sans motif qu’il y avait en face de leurs orgueils glorieux d’une fausse présomption de supériorité, face à celui qui avait tout loupé. Je pouvais être dans la turpitude ou l’abjection mais même tout ceci, ainsi que l’ignominie étaient loin derrière, cachées avec la pudeur, la réserve et la retenue. Quand on est en bas on voit mieux ce qu’il se passe en haut, n’est-ce pas ? La vue y est plus panoramique, le spectacle a un aspect de perspective conceptuelle pornographique. On admire les autres, ceux qui ont réussi, qui sont dans l’opulence du paraître, ceux qui habillent leurs corps et leurs sentiments de mensonges soyeux, l’élégance de leur chair n’est plus à faire. Ils transpirent le chic, sont vêtus d’apparat et de débauche, ils sont dans le monde, celui qui roule, qui fonce, qui court tandis que les autres regardent une nouvelle fois avec la rétine écartelée de ne pouvoir réussir une seule phase de leur destinée. Ils ouvrent leur vue démesurément pour admirer ce qu’ils n’auront jamais, se débrident les paupières pour défaire et déplier la vérité. Mais à trop vouloir entrouvrir leurs prunelles, ils comprennent qu’ils ne pourront jamais parcourir la grandeur d’une vie sans souffrir de cette vérité pourrie par la réalité.

Puisque le réel pour eux est bien matérialisé par l’avarie de vie telle qu’elle est définie en philosophie, plus de plaisirs, plus de joie, d’amour ou de soi, il n’y a que la décomposition putréfiée de leur corps et de leurs pensées. c’est infect, ça pue, ça contamine la vue des autres, mais ça soulage de se dire qu’ils ne sont pas comme ces dépravés détériorés de la société.

C’était inopérant, j’avais beau regarder en face de moi, je ne voyais que l’infructueux, l’inutile ou pire l’infécond. Il ne me reste qu’une nouvelle fois à écarquiller mes yeux avec de la drogue et un verre d’alcool pour, une fois égorgée la mélancolie, inviter la survie à me conseiller sur mes choix obscurcis et assourdis qu’il fallait à tout prix ne jamais réitérer.

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22H33

Peut-être suis-je devenu fou ?

La vie est devenue si triste, si irréelle, si incontrôlable. La vie est devenue si laide , si laide que je ne peux la regarder en face, si atroce que mes yeux s’abîment à voir ce qu’il s’y passe. J’ai honte de ce que je suis devenu, honte de ma façon de voir le monde, honte de pleurer quand ma vie ne tourne pas rond, honte de mon égoïsme, de mon mensonge permanent, de cette vie qu’il a fallu que je m’invente pour me sentir vivre et puissant aux yeux des gens. Mon dieu que suis-je devenu ? Qui suis-je à la base ?

Je ne me reconnais même pas, je ne sais distinguer le faux du vrai.

Je suis un tissu de mensonges. Oh mon monde, si je pouvais je te referais, ou te détruirais pour mieux te reconstruire, je te ferais beau et vivable, je te ferais vrai et contrôlable, je te ferais un peu moins malade et un peu plus intelligent, je te laisserais des défauts mais pas de croyances religieuses, je te ferais à l’image de la vie et non de la haine, je te ferais comme si j’étais en train de faire mon propre enfant, comme si j’étais la reine mère de toute cette vie, je te ferais comme une hirondelle fait son nid.

Oui ma laide personne, je voudrais tant te détruire pour mieux te reconstruire, mais malheureusement ce n’est pas possible. Non pas possible du tout, parce que la vie est une belle moche, que notre existence est une bien atroce et malpropre.

Oui ma vie je te déteste, et ça n’ira pas en s’arrangeant.

 

PS: Texte vintage car datant de 2007

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15H29

Faire de moi une icône, me positionner au-dessus de tout, exécuter le détrône et être l’époux du dégoût. La divinité-religion devient un esprit de génie, qui dans une grâce profonde passe de la personne à l’être créateur, puis l’éternel se proclame juge et maître d’un père seigneur de démiurge. Mais la déité n’est que l’idole de ces déesses. Être une icône, c’est faire une métempsycose de soi, pour devenir l’hypnose d’une représentation vide d’un avenir polychrome. Je suis l’icône d’une nymphe divine, qui dans son règne n’a que des ondines pour la rendre Vénus, dans un monde de chrysalides intellectuelles.

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05H26

Je me rappelle de toi, de ta peau, ton corps, ton odeur, ta douceur, ta voix grave, ta transpiration, tes cheveux et l’odeur de blé qui s’en dégageait. Je me rappelle de tout et de rien en même temps, je me rappelle de nos bras enlacés et les mille-et-un baisers que tu me faisais dans le cou pour soulager mes pensées. Je me rappelle ton odeur, une senteur de musc et de vanille, deux parfums que tu adorais mélanger, mais dont tu taisais la provenance pour que personne ne puisse te copier. Je me rappelle de tout, je te le promets. Je n’ai rien oublié… Comment pourrais-je oublier le premier, l’unique, le seul, celui qui a gravi les échelons pour mériter et retirer ma si belle et douce virginité ? Je me rappelle de toi, de ta peau, de ton corps, de ton odeur, de ta douceur, mais surtout de ta voix grave, si grave mais si rassurante, tellement rassurante…. Peut-être trop rassurante. Je me rappelle de tout et de rien en même temps, mais le rivage des images sera à jamais là pour me le rappeler.

Tu étais si beau que mes yeux ne pouvaient te regarder, tu étais si fort que ma peau ne pouvait te résister, tu étais si envoûtant que même mon cerveau n’avait compris ce qu’il se passait. Je n’ai rien oublié, tu sais, et comment foutu dieu le pourrais-je ?

Je devenais ta gloire, ton numéro, ton nouveau, ta proie, ta maladie, ton combat et la force de ta contagion que tu voulais puissante et mortelle. Je me rappelle de toi, de ta peau, de ton corps, de ton odeur, de ta douceur, de ta voix grave et de tes mots qui détruiront à jamais mes espoirs d’une vie simple en bonne santé. Tu étais si envoûtant que je n’avais même pas vu les prémices du virus redoutable que tu portais, avec la joie d’un enfant jouant avec des jeux dangereux en toussant des glaires noirâtres qui sortent d’un corps si juvénile et rassurant. Je me rappelle de toi, de tes yeux, tu avais porté des lentilles pour pouvoir mieux déserter face à l’infection, ton iris avait la couleur de l’abandon et la lourdeur de l’indisposition.

Tu te pensais pupille de la nation, mais tu n’avais que ta cornée pour voir la vraie réalité de la lâcheté de ton état physique.

Croire en toi, croire au corps ciliaire et à l’humeur aqueuse que cela provoque, te tenir au ligament suspenseur pour croire au regard que l’on pose sur les autres et sur toi. Tu as joué avec mes nerfs dans l’optique d’oublier le trouble palpable de ta souffrance mentale et organique.

Tu te pensais doté d’un fort physique, mais en réalité le psychologique abattait seconde après seconde ton mal, ton irréel alité, ta fausse patraque et ton dérèglement dérangé. Tu étais fou d’une maniaquerie à la limite du monstre colossal qui était véridiquement en toi et qui t’empoisonnait larmes après pleurs d’une vie que tu te savais maladive et corruptible. En réalité mon ami, tu t’es tué de la seule maladie que tu avais, et qui était prodigieusement érotomane et cynique, la folie d’être sans limite dans tes actes excessivement extrêmes d’une immodération outrageante.

Tu étais un diable qui avait une lentille de camera à la place des yeux, tu étais un narrateur de ton passé et un réalisateur du futur des autres.

Tu as fait de notre moment magique un film macabre visible de tous. Et tu as ri de ma gloire lugubre, tu as ri de ce script usurpé d’un écrivain baigné dans la luxure. Tu avais porté des lentilles pour pouvoir mieux déserter face à l’infection, mon iris aujourd’hui a une couleur inhospitalière et la lourdeur de ton acte sur mon cœur. Mais aujourd’hui je suis vivant, pendant que ton corps immoral et infect se décompose dans la fosse commune des oubliés de la société des faux intellects. Toi, tu as trépassé sans savoir que ton virus ne m’aura jamais attaqué. Je devais être ta gloire, ton numéro, ton nouveau, ta proie, ta maladie, ton combat et la force de ta contagion que tu voulais puissante et mortelle, mais le destin en aura choisi autrement en m’offrant une chance alors qu’il te donna la malédiction. Je suis vivant pendant que ton cadavre croupit dans l’humus des gisants. Tu étais le premier, celui qui allait prendre ma virginité, mais plongé dans la présomption de tes actes passés, tu as oublié que le destin pouvait lui aussi se charger de ceux qui sont sans regrets.

La conclusion n’avait jamais eu de solution, la terminaison était limitée par des destructions, mais l’exécution fut une ode à sa péroraison.

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00H08

J’avais transpercé son âme, pris chacune de ses étoiles pour les envahir de ma haine.

Je jubilais de m’infiltrer dans son corps pour y enfoncer chacune de mes fureurs, je joue et jouis encore et encore en y faufilant des petite paroles transcendantes de brisement psychologique. J’éjacule mes doctrines pour affaiblir ce demi-mondain faible et androgyne.

Je suis raide de l’étouffer de ma verge, une fièvre profonde lui explose chacune de ses petites lèvres. La domination se compte aux veines qui sont amplement palpables sur cette turgescence qui ne cesse d’être en construction pour mieux détruire ce garçon sans reconnaissance.

L’envie intense de faire de mon phallus une désagrégation de son anatomie évolue vers une ambition de bastonnade virile entre organismes cravachés par des cupidités saignantes et marquantes.

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00H00

Cette nuit j’ai pleuré, pourquoi ? Je ne sais même pas, ou je préfère ne pas savoir, j’ai regardé la télé toute la nuit, je me suis crevé les yeux et les tympans à écouter une rediffusion du discours d’Obama, je me suis revu il n’y a pas longtemps, enfin il n’y a pas si longtemps… Je devrais être heureux, mais je ne le suis pas, je ne sais pas, je ne me sens pas en confiance, j’ai l’impression qu’il y a un truc, je ne sais pas quoi, ça me fait froid dans le dos, même dans les veines, en fait je suis en train de perdre mon identité, j’ai déjà perdu mon accent qui m’était si cher,  oui tout commence, je me féminise de plus en plus, la seule chose qui reste, c’est mon mal-être, ce mal-être qu’à force de sourire et de jouer un rôle dans la comédie de la vie on oublie, oui j’oublie que je ne suis pas bien et je me persuade que je suis ce jeune homme grand et souriant qui a la pêche, ce grand gars qui se coiffe bizarrement, qui a une tête déformée et des yeux mal dessinés, mais qu’à force de regarder on trouve charmant, oui ça je ne pourrai jamais le changer, je ne supporte tellement pas qu’on me critique pour ma mauvaise humeur ou mon manque de sourire, donc je joue, je fais l’homme qui va bien et qui n’a pas de problèmes, je fais comme si je n’avais jamais été violé, j’oublie toutes ces années de torture ou plutôt je fais semblant de les oublier car elles sont là, elles sont tracées sur moi, j’en ai les marques,  physiques et psychologiques, il suffit de lever un peu brusquement la main et je me mets à trembler, il suffit de me toucher un peu trop et je me glace, toutes ces réactions que personne ne peut comprendre !    

En fait c’est ça qui me détruit, oui c’est ça, car j’aimerais tant que l’on me prenne dans les bras sans que je pense au reste, j’aimerais tant regarder une personne dans les yeux sans me dire que on ne devrait pas me regarder tellement mon intérieur est laid, oui il est laid de honte, honte d’avoir fait le trottoir, honte de la drogue et de ses effets, honte des conséquences que je paye aujourd’hui.

Et puis il y a cette impression d’amour inexistant, comme si jamais je ne pouvais être aimé, comme si jamais on ne pourrait m’aimer, comme si jamais je ne pouvais être désiré pour mon intérieur et non pour mon extérieur, ça me fait mal, ça me ronge, ça attaque chaque cellule de mon corps, oui chaque millimètre de mon corps est brûlé par ce manque d’amour, cet amour que je n’ai jamais eu, ce manque d’affection immense, cet amour chaotique, ce sentiment de néant, cette rage et cette haine permanente !

Voilà mon problème, voilà ce que je suis, un garçon en manque de « je t’aime » et de cajoleries, un petit bonhomme qui ne connait pas les compliments sans arrière-pensée ou sans compensation,  je suis cet adulte enfantin, ce semblant d’homme qui n’en n’est pas tant un, je suis ce corps immense qui par sa taille mesure sa perte de sentiments, qui par sa grandeur comprend sa laideur affective, je suis ce mec mal proportionné, qui à force d’être battu n’a plus la force de se battre !

Je ne sais pas si je devrais encore croire en la vie, je ne sais pas si l’espoir devrait être partie remise une nouvelle fois, je ne sais pas si un jour mes rêves d’enfant attardé se réaliseront.

J’ai encore envie de pleurer mais je n’ai plus la force de pleurer, je ne pleure que quelques secondes, je ne sais même pas pourquoi, probablement parce que je n’ai jamais eu le droit de pleurer, probablement parce que mes pleurs sont toujours calculés, ces gouttes ne viennent que parce que je ne peux plus les retenir, parce qu’elles sont toujours présentes mais je les garde autant que je le peux, je les conserve dans leur écrin, comme des perles précieuses, je ne les dévoile jamais, par peur de ne pas être compris, par peur de la peur ! Mais quand j’ouvre cette bijouterie ça brille de mille feux, ça coule pendant des secondes entières, quelques secondes de répit que je m’autorise, quelques secondes où je me remets en question et me redis que même dans ces moments-là il n’y a que la solitude pour m’accompagner. Et là ces perles et ces pierres précieuses coulent, elles coulent lentement sur mes joues pour retourner dans mon corps, car elles finissent toujours sur mes lèvres, puis j’essuie le tout avec mes mains pour que rien ne paraisse, pour que rien ne se voie, pour que personne ne se doute de ce mal-être permanent, juste parce que les gens n’aiment pas se soucier de la douleur des autres par peur d’incompréhension !

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14H50

C’est à l’intérieur de la peau, ça ronge, attaque l’organisme avec peine, il y a le physique qui se tourmente, l’anatomie qui est en déchirement complet, la souffrance est en masse dans un ensemble altéré par l’amertume. J’ai mal, ça m’arrache le cœur de manière effrayante, j’ai mal, la terreur est affreuse, elle absorbe mes pensées, mes jugements, mes critiques, elle grignote tout, mais elle me laisse la tragédie redoutable du danger, celle qui inquiète, menace et aggrave l’infernale massacrante réalité.

J’ai mal, périlleusement mal, c’est à l’intérieur de ma peau, la douleur est lacérante d’exécration, ça me répugne de discorde solitaire.

J’ai mal, monstrueusement mal, ma chair m’angoisse, le désir de décoller avec minutie chaque millimètre de l’épiderme avec un cutter rouillé par le passé m’enthousiasme avec ferveur. J’insiste, j’ai mal, extraordinairement mal, la dépouille de mon corps m’impatiente,  le chagrin m’a décomposé chaque organe utile, je suis en putréfaction sentimentale. J’ai mal, vertigineusement mal, je vous avais pourtant prévenu mon amour qu’il ne fallait pas me faire chuter de dix étages comme cela. Je vous avais dit que je devais être à empoigner gentiment, je vous avais prémuni que j’étais une fleur fanée par la réalité mais qui pouvait éclore une nouvelle fois à vos cotés.

Sainte-Mère de Dieu je vous avais informé sur la condition de bien me protéger du vent et de la triste destinée qui m’était infligée. Je vous avais alerté sur la volatile âme que j’avais. Mais à mon grand malheur et ma grande désolation, vous avez avec violence entamé le dernier quart-d’heure du quart de cœur qu’il me restait, je me consume de votre irrespect, de votre inconvenance et de votre impertinence. J’ai mal, grossièrement mal, passionnellement mal. Je suis à présent fermement éprouvé,  vous m’avez avec préjudice et perte, fracassé contre ma contemplation. À cause de vous je dois avorter notre amour, je dois assassiner notre intrigue, notre amourette, oui bien mal vous en fasse je dois assassiner notre idylle comme vous avez dépouillé en matière la tendre adoration que je vous portais.

J’ai mal, une nouvelle fois mal, une dernière fois mal, une irrécusable fois mal,  je vous aimais mon amour, je vous idolâtrais mon trésor, vous admirais sans limite, c’est certainement pour cela que l’irrévocable arrêt et si empli de chagrin et de deuil,  je vous aimais mon parangon, je vous aimais, mais j’ai mal, trop mal… finalement juste mal d’être mal d’avoir mal aimé et m’être fait mal aimé d’un mâle qui je savais me ferait du mal. 

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17H16

Caresser ta chair, pour effleurer les anatomies les plus intimes de ton organisme. 

Il y a un désir de frôler la masse pour savourer l’organe, qui avec délectation nous soumet à la tentation de l’association de corps. 

Ciseler chacun de tes membres, pour en obtenir l’adoucissement dur que nous méritons ensemble, il nous faut limer la matière, pour en obtenir la perfection de la corporation profonde. 

Aimer le défi déviant, pour polir sans retenue la substance élémentaire d’une semence rudimentaire. 

J’ai aimé ingurgiter chaque larme, chaque globule, chaque cellule, mais surtout ingérer avec dévotion tous les germes que tu me laissais engloutir, humer, happer, dévorer avec la plus grande ferveur que tu méritais. 

Car admettre c’est soumettre et soumettre c’est être. 

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15H48

Pleure, Pleure petit bipède, pleure car l’heure est à la profondeur de la rigueur puritaine. 

Fanent, fanent tes pensées, coulent tes peurs, elle sont condensées, elles sont rumeurs. 

Tombe, tombe ton masque, montre la vérité, il est fantasque, elle est méritée. Rien ne sert de montrer ce que l’on est, le fond est toujours en soi, la vérité est toujours gravée en laissant des gravats. 

Sanglote, sanglote grand mortel, sanglote puisqu’il est temps d’alléger la lourdeur irrationnelle.

Flétrissent, flétrissent tes lucidités, dégoulinent tes lâchetés, elles sont ton essence, elles sont effervescence. 

Dégringole, dégringole le déguisement, cache le mensonge, il est étrange, il est ton songe. La futilité est de supposer qu’un mirage peut remplacer l’image, l’évidence est que la sincérité peut se dépeindre sur un visage.  

Lamente-toi, lamente-toi, tu es la mante de ton toi, tu toises la démente toi la véhémente, celle qu’on alimente  ou qu’on segmente. 

Dépérissent, dépérissent tes projets, submerge tes anxiétés, ils sont l’abrogation, elles sont tes confusions. 

Cesse, cesse l’accoutrement, dénude la sincérité, il est changeant, elle est dignité. L’imminente intelligence est d’être l’exacte opposée de son impatience et de son ingratitude. 

La Terre est ronde, le monde est carré, l’héritage est immonde, l’humanité est désencadrée.

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19H49

– Vous avez le droit à un seul cadeau, que personne ne peut vous refuser. Quel est-il ? 

– Pourriez-vous m’offrir la mort ?

– Êtes-vous sûr ? C’est une chose irrémédiable.

– J’en suis sur. C’est la vie qui est irrémédiable, pas la mort ; la mort est une solution, une finalité que l’on attend, du jour où l’on se met à penser et à comprendre le fondement de la vie, qui est celui-là même de la mort. 

Je souhaite mourir, car je pense avoir fait le tour de la vie, du moins ce qu’il y a à voir. Je ne souhaite pas continuer, je suis trop idéaliste dans un monde de pessimistes, je suis trop heureux dans un monde malheureux, à regarder quand on souhaite ne pas être peureux. 

J’ai souvent pensé que les choses allaient s’arranger, mais nous n’allons pas nous mentir, je suis quelqu’un de triste de naissance, triste d’être né sous une telle errance des sentiments. 

Longtemps j’ai cru être le reflet d’une génération, mais je ne suis que le reflet de ma passion pour une irrévérence passionnelle de la dérision.

Je souhaite mourir car je n’ai jamais vécu, je souhaite en finir mais en le faisant avec spéculation et idées tordues qui me feraient rire. 

Je veux ma mort en pleine souffrance, je désire devenir un cadavre en pleine putréfaction, je souhaite que ce moment soit éprouvant sans instance, je convoite une disparition pleine de tortures, récupérée des plus grandes fictions. 

Rien qu’à m’entendre le dire, je sens déjà le goût du sang dans ma bouche. J’imagine un homme d’une cinquantaine d’années me prendre par le cou, me tenir comme si sa vie en valait le coup. Je vois dans son regard qu’il va m’achever comme l’on tuerait un petit poulet pour le déjeuner, avec une famille bien sous tous rapports, exactement comme celle que je n’ai jamais eue et que je n’aurai jamais. 

L’hémoglobine coule, au premier coup de couteau, il transperce mon ventre, dieu que c’est plaisant, dieu que c’est jouissif, dieu que je me sens plus proche des cieux. 

J’attends de ma condamnation qu’elle soit pleine de désolation, j’ambitionne d’être un macchabée impossible à regarder, j’espère tellement vivre une épreuve martyrisante. 

Il n’y aura plus que mon plasma sur les draps pour prouver que j’étais bel et bien là. 

Oui, je vous en supplie dans la plus grande supplication, que ma condamnation soit éreintante d’exécution. 

J’aspire à être une charogne méconnaissable. 

Donnez-moi une disparition destructive, qui dans un moment prouvera au fossoyeur que dans la plus profonde des gloires, je serai empli de bonheur.

Empli du bonheur d’avoir vécu, de m’être senti en vie au moment de ma mise en terre, car la douleur aura réveillé en moi le plaisir simple de vivre tel que je devais mourir.

En effet, j’aurai choisi ma mort avec tardiveté,  mais je l’aurai fait faute d’avoir eu une mère suffisamment forte pour m’avorter. 

Cette vie je la dédie à elle, ma mort je la dédie à lui, à eux deux ils sont l’absence et la présence, ils sont la haine et l’amour, la gloire et la perte, la vie et la mort, mais ils ne seront jamais le bonheur sans le malheur. 

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21h24

Je n’aurai ni famille ni Noël, je serai sans amis, sans problèmes, ni famine ni prix Nobel, ni talon d’Achille, ni de talent exceptionnelle. Je n’aurai pas de larmes, pas de cris, il n’y aura jamais de vacarme, ni d’écrits circonscrits, je serai l’incendie sans flamme.

Je n’aurai pas de haine, pas d’amour, je serai effacé de ta peine, impuissant dans ta bravoure, inexistant dans ta souveraineté souveraine. Je n’aurai pas de vie, pas de joie, il n’y aura que la soumission comme envie, sans choix, sans pourvoi, je serai l’assouvi avec poésie.

Je n’aurai, je ne serai, car je n’ai jamais été et ne serai plus, mais si vous saviez à quel point j’aurais aimé être.

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20H18

C’est à l’intérieur du corps, ça traverse la chair comme une toxine, perce chaque anatomie pour pénétrer dans la masse et y injecter son venin. C’est en profondeur dans les organes les plus utiles, ça perfore le larynx sans saignement puis franchit la veine jugulaire. C’est interne… Ça ne fait pas de bruit, le silence est paisible mais le bourdonnement assourdissant.  L’envahissement courtois commence à faire mal, on sent le déchirement du poumon droit… puis du gauche, la souffrance est intense, le virus est rapide puis le combat nous fatigue. Et là, d’un coup, sans civilisation ni compréhension, on sent une crampe dans tous les muscles, le cœur s’amertume de tant de cyanure métaphysique, l’estomac s’imbibe d’arsenic psychologique, l’intestin sans retenue, sans s’émouvoir, se décompose et irradie le peu qui vous restait. Les dommages sont profonds, intimes, secrets, le préjudice consterne et vous désespère. Pourtant l’idolâtrie des sentiments vous avait prouvé la radiation qu’il exécutait. Mais aimer c’est pur, c’est simple, c’est indispensable, alors vous avez aimé jusqu’à placer l’autre au-dessus de votre destinée. Aimer c’est déposer avec délicatesse et sans fierté son cœur dans les mains de celui qui vous est destiné. Vous le posez sans regret en acceptant le malencontreux accident de dix étages de vos sentiments. 

Ça chute, c’est long, c’est sourd mais vous voyez le scène au ralenti, regardez sous différents angles, analysez, rembobinez, cherchez le moindre détail qui pourrait laisser croire que c’est un effet spécial en trois dimensions. Puis vous finissez par comprendre que le cœur ne pourra qu’arriver brisé sur ce goudron, chauffé par la chaleur de cet été torride et embrasé. Foutu dieu que c’est atroce, c’est horrible, vous voyez la scène, elle est belle d’atrocité, vous la voyez mais ne pouvez rien faire, rien dire, juste accepter que l’on fasse cela avec vos pensées. Vos yeux s’injectent de sang, vous ne pouvez que regretter, mais regretter c’est inutile car il est trop tard, alors on regarde et regarde, ce petit cœur explosé et sanglant. Il bat encore, c’est beau, mais plus il bat et plus le sang en ressort, le soleil le réchauffe, mais en le réchauffant il accélère la décomposition, car vous pourrissez de l’intérieur. Pourquoi ? Comment peut-on continuer d’aimer ? A quoi ça sert, si ce n’est à se faire empaler sur ses regrets, pour ensuite finir dépecé de la plus belle chose qui puisse exister ? Peut-être pour l’espoir, pour la vie, pour l’existence…

Je vous hais en surface, mais dans le fond, je vous aime d’un amour horriblement laid.

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09H01

Aider, mais se condamner, assister ceux que l’on aime en s’appuyant sur un secours collaboratif, mais comprendre que l’incurable ou l’inguérissable nous meurt et nous rend irrémédiablement inutiles dans notre abîme.

Donner un coup de main sans se protéger, soutenir en soulageant nos pensées sans subvenir à ses nécessités, c’est s’écarter en s’isolant de tout, en absorbant des pensées avariées d’un gâchis oiseux qui nous désempare et nous déconfit dans un désert dépeuplé d’errance et de fourvoiement. 

J’aurais aimé être là, le jour où tu marchais sur le pont de ton roman, celui qui allait signer la fin de tes peurs tourbillonnantes de poison emprisonnant. J’aurais aimé être au loin dans le paysage brumeux, pour te donner la main avant que tu ne sautes dans les vagues écumeuses de tes actes présomptueux. J’aurais aimé être à tes côtés pour te murmurer que le tumulte défectueux de ton passé ne pouvait pas devenir l’impétueux avenir que tu pensais avec certitude douloureux. J’aurais aimé être là, le jour où tu marchais sur le pont de ton roman, mais ce jour-là, j’ai cru férocement que ce n’était qu’une nouvelle fois la sonnerie alarmante d’une envie sans réelle résonance. J’aurais aimé être au loin dans le paysage douloureux de ton corps pour y apporter un peu de lumière, mais toi et moi savons que ta fougue coutumière t’aurait emmené tout de même une matinée ou l’autre dans les nébuleuses d’un paradis que tu pensais bien plus fabuleux que ce monde, que tu n’as cessé de trouver crapuleux. 

En réalité, j’aurais aimé être là, le jour où tu marchais sur le pont de ton roman, pour t’accompagner dans le dernier chapitre bouillonnant de tourbillons violents que tu achevais.

J’aurais aimé être là pour te fredonner cette chanson que seul toi et moi connaissons, je l’aurais fait tout en te tenant la main, tout en t’embrassant une dernière fois comme nous le faisions quand tout allait à l’unisson.

J’aurais aimé, mais pour une fois, je n’y ai pas cru et en conséquence, tu as sauté du pont de ton roman sans que je puisse une dernière fois te dire que tu étais ma librairie de sentiments. Tu as sauté de si haut que j’entends dans le fond de mon inconscient ton crâne se fracasser contre les vagues de mes regrets. J’aurais aimé être à tes côtés pour éviter que le vent pactise avec le son, pour étendre la violence du bruit de ton squelette se démolir contre les flots étendus de nos ferveurs que l’on n’a su reconquérir. J’aurais aimé t’aimer, peut-être, un peu plus, mais la réalité est que la plaine et les rivages t’auraient tout de même happé, pour que tu finisses dans le sillage d’une plage, tel le poète désespéré que tu aimais être sans camouflage. J’aurais aimé être là, le jour où tu marchais sur le pont de ton roman pour t’accompagner dans ce saut, et très certainement moi aussi, j’aurais étais capable de me briser les os contre les ondes que formait cet océan de fatigue que nous étions tous deux, mon éreinté. 

En réalité, j’aurais aimé être là pour que nous n’en soyons plus là. Mais ce roman était le tien, et ces pages devaient porter ton écriture. Tu les as rédigées avec l’encre de ton sang et je les lis avec les larmes de mon corps. J’aurais aimé être là, le jour où tu déambulais sur la passerelle encyclopédique de tes mémoires, juste pour te narrer le récit de ta vie et t’entendre me conter une dernières fois les fables de ta biographie, seulement pour que nous fermions en harmonie cet ouvrage. Mais ce livre, je devrai le poser sur le chapitre le plus fort de notre recueil, seul comme tu l’étais le lendemain dans ton cercueil. 

Aider, mais se condamner, c’est composer une œuvre manuscrite en ruinant sans neutralité la fraternité de vos déceptions mal jugées.

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23h57

« Requiem for a Dream » original soundtrack.

23h57, il est seul, personne qui puisse le regarder, personne pour l’écouter, il regarde lentement autour de lui, il fait nuit, il ouvre son sac, prend une boîte dorée, dedans se trouve le kit du parfait sniffeur de cocaïne, il remet sa main dans le sac et sort un pochon de 2g, il n’a pas peur, il ne craint plus, il ne sait plus, il ne veut plus, il ne comprend plus, il n’entend plus, il ne voit plus, il ne sent plus, il se tue.

Il ouvre le pochon et prépare une poutre, il la prépare rapidement, il n’en peut plus, il ne sourit plus, il ne voit plus, il ne rit plus, il attrape sa paille, regarde une dernière fois son or blanc, il le regarde comme si sa vie en dépendait, d’ailleurs sa vie en dépend à présent, alors il sniffe, son nez s’anesthésie, en quelques secondes il revoit tout, il sourit, il pleure, il regarde, il entend, il voit, il comprend, il veut, il craint, il sent, tout s’accélère, il en veut plus, il recommence, il refait une poutre aussi rapide, il s’en met plein la bouche et les lèvres,  il ne sent plus rien, il est en osmose avec la terre.


Il se drogue pour oublier, oublier qui il est, qui il ne sera jamais, qui il pourrait ne pas être, il souffre, mais pas assez ! Il va changer, sans regrets, il va redevenir ce qu’il était, il va se forcer à travestir la réalité, il était 23h57 mais maintenant il n’est plus cette heure-ci, il est trop tard, tout a déjà commencé, tout va se dérouler comme il ne l’avait pas prévu, à lui la drogue, la perche et les soirées aux allures indésirées, revoilà le mascara pour cacher ce qu’il ne peut plus être, à lui les vêtements larges pour cacher ce qu’il a été, il ne pourra pas avoir honte, il ne comprend plus, il ne sait plus, et ne pourra jamais savoir car il est entré dans le milieu où tout est noir.
Haineux, il traversera la nuit des trottoirs, petite bouche profitera de la touche pour gagner quelques sous en poche, il va devenir l’antipode de vos espoirs, il va devenir leurs regards.

Au revoir la gloire ?

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22H57

24 décembre au soir, je me retrouve d’un seul regard à être le cadeau d’un homme au sommet de sa gloire. 

J’ai les lèvres tout juste trempées de sang, tout en sachant que monsieur attend plus qu’un simple cadeau, il exige de fêter ce moment-là tel que le monde le lui doit. 
Car monsieur est grand; il n’est pas un humain ordinaire, il est plutôt de la race des rois parmi les faibles, et cela dans sa juste rétribution mentalement laide. 
« Abandonne ton corps » me dit ma petite voix intérieure, «  Ne regarde rien et laisse faire » dit mon être extérieur. Mais mon for intérieur s’en dédira « Force-toi à voir chacune des choses qu’il te fera, car pour rien au monde il ne faudrait que tu oublies une seule seconde la laideur de cette humanité rieuse d’une triste rancœur ». 
Puisqu’il en est ainsi, et que l’intérieur ne peut qu’avoir raison, de par son actif que l’ultérieur ne pourrait jamais avoir, et ce malgré les pleurs de ne connaître sa destinée avant l’heure du sale quart-d’heure, je décidai d’observer chaque seconde de cette avalanche de coups et de blessures physiques et… Quelle bêtise allais-je dire,  le psychologique n’est plus, depuis le cynisme prédictif que ma propre mère avait de mon emploi futur. 
Je regardai la scène tout en voulant en être l’acteur, et l’annonciateur. Sans qu’une seule fois on y abrège ma douleur, qui n’était qu’amplificateur de vigueur pour monsieur, à qui je fus offert pour mon plus grand malheur. 
C’est pourquoi j’aime observer l’humanité. Elle m’intrigue, me faisant presque oublier la douleur, je finis par anticiper chaque accès de démence et de violence. L’humain est fait décidément pour détruire tout ce qu’il peut, comme il le peut, quel qu’en soit le prix ; il le fera avec délectation et chaleur intérieure emplie de passion. 

 

L’humain n’a d’humanité que par définition, parce que lui-même s’en fait le parangon, mais nous savons au fond de nous que nos actes nous placent à la hauteur du plus abject des chacals.  
Regardez ce monsieur qui me tient la tête comme un vulgaire bout de steak, ce lord qui m’enfourne avec violence, on entend son halètement de plus en plus fort, je sens des vagues d’air qui viennent et reviennent sur le bas de ma nuque, c’est un chien qui baise une chienne, un salaud qui encule une salope, et un pédé qui enfourne une pute. 
La violence des mots est bien plus perverse que celle des coups, vous n’imaginez pas à quel point tous les mots qu’il me dit pèsent plus que le poids de son ventre sur le bas de mes reins. 
Je me suis promis d’observer sans déranger, je ne suis que l’objet du sujet, et c’est bel et bien lui qui est le sujet de mon observation. Je suis une souris de laboratoire, à qui l’on fait subir tous les sévices, pour mieux comprendre le fonctionnement de cette perversité, devenue virale et insoignable. 
Je le regarde droit dans les yeux, dieu que cela est mélodieux, sa bouche coule de désir, ses yeux saignent d’un loisir intense et l’espace s’emplit de gémissements qu’il aime à reproduire. 
Oui, j’aime observer l’humanité, jusqu’à ce que sous la violence, je m’évanouisse par manque de vivacité. 
L’humanité est belle, si l’on considère que la laideur est une création, et que toute création est un art ; l’art bien que subjectif n’en reste pas moins une oeuvre majeure, alors ma considération n’en est que plus appuyée sur la beauté de cette humanité laide de cœur. 
24 décembre au soir et je me rends compte qu’il est trop tard pour m’acheter un espoir. 
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