23H51

Il aurait pu le regarder, observer son corps, son style, sa tenue. Il aurait pu examiner son ensemble, ses traits, son visage ou son rire. Il aurait pu inspecter la fiabilité de ses sentiments, mirer son amour, sa tendresse et la passion de son affectivité. Il aurait pu dévisager son enthousiasme et considérer ses émotions. 

Peut-être, il aurait été possible qu’il consulte ses pensées et ses points de vue, ou alors qu’il estime ses pressentiments et sa nature. 

Oui, tu aurais pu me regarder comme je te voyais avec mes yeux beaux de sensibilité, mais noirs d’un regard inachevé. J’étais peut-être incomplet pour toi, mais mon regard sur toi était celui d’un lacunaire qui ne cesse d’aimer dans l’espoir d’avoir un homme comme repère. Je te voyais comme un parfait, un taillé, un plus que suffisant et toi tes rétines ne se posaient que sur le négatif de mon inefficacité à te faire comprendre que tu étais la prunelle de mes pensées. Ce jour-là, tes paroles furent un meurtre pour mes neurones à peine dessinés.

Ton discours était un homicide de mes aphorismes, un égorgement sur mes entendements et une euthanasie sur mon propre jugement que tu croyais indécis. Le langage de tes propos a, à jamais, réalisé un attentat sur les plans et les projets que j’avais, sur le minimum de considération que… je me portais.

L’expression de tes mots est une déflagration sur mon esprit et ma vie, mais l’assassinat que tu as réalisé sans témoins et sans preuves est un crime contre l’imagination d’un futur que je souhaitais, chéri et simplifié.

« Tu es trop bête et trop passionné pour que je puisse t’aimer »

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16H11

J’anéantirai chacune de tes peurs, prendrai soin de détruire les fondations de tes pleurs malsains que tu pensais solides, j’abattrai une à une ces abolitions que t’imposait le monde, j’abolirai tes craintes et tes angoisses. Mon diamant, je ferai de toi l’éternel brillant, pour ton Cœur j’effacerai au blanco les lâchetés de tes frayeurs, je le ferai, car ton sourire me donne le frisson des lueurs de nuit au flambeau. Mon chef d’œuvre, je raturerai à l’encre noire tes phobies et tes doutes pour te dessiner avec le marqueur de nos pensées un monde sans défiance et sans méfiance. Je le ferai pour que tes yeux ne puissent se poser que sur mes amours et mes regrets.

Mon ange, tu sais à quel point voler à tes côtés est un rêve devenu réalité.

Mais pour que cette réalité dure, je serais prêt à engloutir et enterrer tes anxiétés, pour que cette vie soit éternelle, je submergerai tes inquiétudes et tes effrois pour les envoyer au septième ciel. J’anéantirai chacune de tes peurs, prendrai soin de détruire les fondations de tes pleurs malsains que tu pensais solides, je le ferai, car ton sourire consolide mes désirs qui t’appartiennent.

Je raturerai à l’encre noire tes phobies et dessinerai à l’encre grasse tes journées, pour qu’elles soient ancrées dans une existence qui nous est destinée.

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18H13

Je ne suis pas normal ! Être normal, c’est accepter ses faiblesses et faire avec, être normal, c’est savoir faire preuve de conformisme, avoir des principes et des règles. Je n’ai aucun des trois. Je ne suis pas ordinaire, j’ai toujours été inadapté pour un monde mal ajusté. Le monde force l’assortiment et le convenablement correct. Je déteste cela. L’approprié est dans mon être une abstention méthodique et mesurée. Je pense qu’il ne faut jamais chercher à être le semblable de celui qui est convenable, car le pareil est un monologue de l’adéquat avec l’identique qui discute du similaire en comparatif avec l’équivalent.

Mon cœur a toujours dit à ma tête que les personnages singuliers sont des créatures passionnantes ; ils captivent et touchent les gens, qui aspirent au palpitant et au touchant.

C’est pour cela que je ne suis pas normal. Je suis l’opposé du connaissable et du compréhensible ; mais être un opposé donne de la séduction aux avantageux et curieux, qui cherchent l’ensorcelant et le fascinant. J’ai toujours été inadapté pour un monde mal ajusté, mais ma personne incapable a réussi à concevoir un univers raccommodé de combinaisons accordées, où se mêlent d’étranges humains malhabiles qui sont enchanteurs dans leur homogénéité, pour un monde que je suppose parfait.

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23H28

Toi et moi… deux enfants du passé, ceux-là même qui vivraient dans un temps que seuls les moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre, nous profitons de chaque seconde que le temps lui-même nous offre. On vit tout comme si c’était la dernière fois, comme si la mort était à notre chasse, là… derrière nous… on profite, on s’embrasse, on se dispute, on joue, on blague, on fait tout comme des adolescents qui ne voudraient pour rien au monde grandir sur une terre qui ne leur ressemble pas.

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01H52

J’aurais aimé être viril, mais mon corps reste stérile face à mes envies fébriles, je souhaiterais être l’homme, celui que l’on dessine avec un grand H, celui qui porte son corps droit comme un roi, celui qui marche les épaules hautes et fier d’être masculin, tout ceci avec panache.

Mais je suis féminin dans mon masculin, je suis la honte dans ma fronde contre le monde.

Je suis, je suis, je suis, toujours le « je suis », car je suis celui qui décrit la génération selfie, riche de photographies et d’avis sur les autres et sa propre personne meurtrie par des instants sans vie mais avec un filtre détruit par le faux d’un vrai souci.

Triste égoïsme d’un monde définitivement non altruiste, car l’altruisme n’est qu’image utilisée pour son reflet et « hashtaguée » pour être encore plus aimée des autres et de la communauté commune mais vide de personnalité.

Vigoureux d’émasculation, je me taillerai les veines de votre violence verbale, courageux d’une mièvrerie sans passion, j’arracherai ma carotide de vos virulences banales.

Puissant de chétiveté, je déracinerai chacun de mes globes oculaires pour encore moins vous plaire, car je ne serai, au grand dieu jamais celui que vous regarderai avec respect, puisque je ne suis que le déchet de votre sexualité.

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02H34

Je n’ai jamais choisi la vie,

toujours regretté les avis

éternellement endeuillé les préavis,

et sans cesse assouvi l’inassouvi.

Qu’avons nous pu faire pour mériter de vivre, si ce n’est avoir été au mauvais endroit le mauvais jour en ayant cru que le fait d’aller plus vite et plus loin nous sauverait d’un futur empli de regrets.

Je n’étais que graine et déjà les mauvais choix étaient présents, là à côté de moi, comme une ombre qui suivrait un vieil homme en fin de vie ; mais malheureusement pour moi cette ombre allait me donner l’existence, sans qu’elle se soucie qu’à aucun moment de ma vie je veuille de cette présence parmi des humains inanimés d’humanitaire déshumanisée.

Vivre pour vivre car survivre est devenu un mot furtif, que l’on ne peut même plus prononcer futilement, car même furtivement il obscurcit une réalité déjà bien assourdissante de mots abusivement engourdissants d’assoupissement.

Je n’avais jamais demandé à vivre, à mon grand regret aucune aiguille à tricoter ne passa dans l’orifice qui me servait d’incubateur.

Ni de fausse couche, que des échecs, pas d’insuccès, juste une faillite torpillante qui mettra le monde dans l’embarras, à la vue de ce bout de rien faux-fuyant d’une air subterfuge qui rappelle le dîner aux chandelles qui a donné le début d’existence de ce charabia de confusion désordonnée de laideur et de braillements.

J’ouvre un œil et souhaite déjà qu’il soit percé, je pousse un cri et constate que je ne suis pas muet, j’ouvre le second œil et regarde avec pitié cette femme préparer ces affaires, pour laisser son bambin qu’elle ne nommera jamais bébé, car à ses yeux il n’est que le gosse descendant d’un mufle bien moche qui au lieu de la nourrir lui a fait un nourrisson aux airs de progéniture, rejeton bien loin de l’image du poupon qu’elle se faisait.

C’est peut-être la seule fois où j’aurais pu dire « mère », mais à cet âge-là, on ne parle pas, on braille en beuglant quelque aboiement qui se confond avec des gémissements grinçants de disgrâce.

Mais mère si j’avais pu dire une phrase compréhensible, je vous aurais affirmé que le meilleur moyen pour neutraliser la gangrène, c’est le poison, et que du poison vous en aviez à foison dans votre génération, alors ne vous privez pas de me priver de vivre cela, car tout comme vous, je ne souhaite pas de moi.

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01H20

Vous et moi sommes deux fous parmi les schizophrènes, prêts à jouer de tout pour rien, prêts à tuer père et mère pour un seul sourire de l’autre et du prochain, toi et moi sommes la joie, la tristesse, la blessure, la parole, les larmes, le toucher et la subtilité à la fois, tout ce melting-pot de différence en une seule personne.

Nous pourrions nous efforcer d’être comme les autres, de rentrer dans une normalité qui, à nos yeux, est bien trop anormale et bien trop innommable pour que nous puissions y penser…

Car vous et moi cultivons par-dessus tout cette foutue différence qui fait de nous deux cette semblance…

Parce que ce monde que nous tentons par tous les moyens d’oublier, ce monde qui ne nous accepte pas tel que nous sommes, ce monde qui nous blâme pour des choses que nous n’avons pas choisies, ce monde qui hurle par-dessus tout des insanités atrocement irréelles que soi-disant nous faisons, ce monde qui nous stigmatise, ce monde qui nous montre du doigt, qui nous blesse avec des paroles meurtrières, qui nous assassine jour et nuit en nous faisant passer pour des parias de la société…

Ce monde-là n’est pas fait pour nous.

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19H09

Je me suis fracassé contre ma destinée,

Je l’ai fait sans me tracasser,

Je l’ai fait sans bavasser,

Je me suis saccagé contre ma réalité.

J’avais le cœur cadenassé dans tes pensées, toi la mère que je n’ai jamais amassée, la mère que je n’ai jamais embarrassée en l’embrassant sans être encrassé de son manque d’amour et de sentiments bien placés.

Mère vous êtes la mer qui éloigne les instincts primaires pour faire place à l’amer d’un éphémère haineux disciplinaire de divisionnaire.

Je vous hais autant que je vous aime, je vous hais d’un amour inconditionnel, d’une affection extrême et je vous maudis sans peine, je vous abominerai post mortem, mais à jamais je vous regretterai en imaginant que vous auriez pu être une reine dans un règne parental sans œdème comportemental.

J’exulte de rimes car grâce à elles je ressens moins le crime que vous avez entrepris, alors que mes narines n’avaient encore eu la joie d’inspirer à l’extérieur de votre ventre synonyme de l’origine d’une divine envie sanguine.

Je vous hais mais au fond je vous aime d’un amour horriblement laid.

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03H28

C’était l’art de la brutalité et l’œuvre d’un amour sans réalité, nous étions un ballet de férocité tout en n’étant qu’une gambade de colère et de fureur emplie d’irascibilité. J’étais le taureau, toi le toréador, ensemble nous gambadions sur la virulence et ces sévices, parfois, il y avait une contredanse de douceur calme et reposante, mais ensemble nous étions plutôt dans un boléro de torture et de déchaînement. Tu avais un talent de rendre le moche… beau, la laideur… exceptionnelle et l’anéantissement… passionnant. Ton talent de corps était sans demi-mesure, il m’a souvent plu de dire que tu étais un génie des hémoglobines, un industriel de l’aversion, mais surtout un architecte de mes ruines. J’aurais pu faire autrement, choisir une autre danse, peut-être un peu plus classique, mais je ne savais pas danser, tu étais mon maître, mon professeur, celui qui instruit l’idiot, qui enseigne au stupide et qui était le maître sans être pédagogue du pauvre d’esprit que j’étais. Je t’aimais pour cela peut-être, pour ton intelligence, ta conception du monde, ton entendement abstrait de l’intuition des pensées, mais surtout pour ta maîtrise de l’esprit et de l’âme que tu discernais dans mon incapacité à être ou ne pas être. Je t’idolâtrais, j’étais fou de ton habilité et de ton adresse sans artifice, je te vénérais pour ta dextérité à m’émailler tout en me gravant comme un joaillier.

Tu étais un ébéniste et un pyromane, j’étais ton olivier et ton étincelle, la tentation était trop grande, l’idée trop brûlante sur tes doigts.

C’était l’art de la brutalité et l’œuvre d’un amour sans réalité. Nous étions un tableau peint avec de la fièvre, une croûte acharnée par la furie de ta frénésie. Nous étions un ballet de férocité photographié sans technicité, mais avec bestialité. Tu avais un talent de rendre le moche… beau, la laideur… exceptionnelle et l’anéantissement… passionnant. Mais ta fresque de sentiments ne m’a plus suffi, alors avec mon sang, j’ai dessiné une esquisse d’une vie sans toi, j’ai choisi le coloris, je ne voulais plus de bleu, plus de violet, plus de noir. J’ai pris mon sac et mes pinceaux pour dessiner en couleur avec de la gouache l’avenir que je voulais sans angoisse. Tu auras été le premier essai, celui que l’on recouvre avec un paysage pour cacher le gâchis, mais je le sais aujourd’hui que ma technique est plus détrempée, mon futur sera une aquarelle de splendeur peinte en pastel d’harmonie fine et subtile.

J’aurais pu t’aimer encore dix années, mais pour cela, il fallait que tu me protèges plutôt que tu danses avec tes poings sur mon visage mal dessiné.

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17H57

Mon cœur avait dit : « Soit des larmes, soit des armes. » Ma pensée avait affirmé : « Prends les armes, plutôt que les larmes ».

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21H37

Texte écrit le vendredi 10 septembre 2004.

Parfois il fait si sombre dans mon regard, ce qui est commencé ne pourra jamais se terminer, je me rends compte que mes espoirs n’ont plus lieu d’être, devrais-je ranger mes sentiments dans un tiroir?

Mais le doute est là, je me dis que tout peut se finir, que je pourrais enfin m’abstenir, alors quand le doute se pose, j’oublie toutes mes ecchymoses, je me remets en question et accrois mes affirmations.

Puis il y a le revers de la médaille, le manque est trop puissant, la douleur oppressante, et le doute repart, la drogue revient et les épilogues reviennent.

Alors finalement, la fin je le connais, car il y aura une fin, je finirai seul comme je le suis déjà, je me piquerai jusqu’à n’en plus pouvoir et je m’en irai ailleurs, et cet ailleurs ne sera pas la terre d’exil, juste un asile.

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08H46

Il ne me reste plus que ça, plus que ce visage, ce joli minois qui ne demande que toi, il ne me reste que cette joie, ce regard qui te fixe pendant tes blablas. Oh oui my funny baby, regarde par ici, oh oui, regarde-moi cette envie, elle ne demande qu’une parole de celui qui lui a enlevé ses peurs d’un ennui, oh my baby redonne-moi cette envie. Il ne me reste que ça, ces grands yeux qui regardent vers toi, oui ce bleu qui se perd dans tes mots heureux, cette tache marron qui ne veut que des mots profonds, il ne me reste que ce regard qui confirme notre espoir. C’est le visage d’un paysage, la passion d’une raison, notre amour restera-t-il là pour toujours ? Touche cette bouche, celle qui est remplie de couches de rose, tellement rosée à force de se mordre en entendant le mot « aimer » ! Oh regarde, regarde, regarde ce visage inondé de larmes, regarde ce maquillage qui coule, regarde, regarde, regarde, regarde !

Mon amour, viens un peu plus près de ton amour idyllique, oui vas-y approche-toi de ce corps diabolique.

Regarde comme il te crie au viol, tu ne peux résister à ce contrôle, alors vas-y mon ange, frappe de toutes tes phalanges, vas-y déchire-moi ce visage auquel tu ne peux résister, vas-y défonce cette bouche que tu ne peux embrasser, prends-moi là comme ça sur ce parquet en bois, casse-moi les tibias, vas-y à coups de hanches qui me déhanchent, prends-moi avec haine comme une chienne, imite ces bons vieux films poussiéreux que tu aimes tant, à la rage de tes dents, vas-y n’hésite pas à ma détruire, je pourrai mieux me reconstruire.

Mon amour, connais-tu mes sentiments, connais-tu ce que je ressens, je ne suis que le fruit de ton imagination, je ne suis que ce que tu veux que je sois, le paraître d’un ange qui n’existe pas, je ne suis que le reflet de toi, je ne suis même pas moi, je me transforme jour après jour pour pouvoir passer un peu plus de temps à côté de ton séjour.

Mon ange, je suis ta malédiction, tue-moi avec conviction, mon ange je suis ton diable, enterre-moi comme un misérable.

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04H59

Mon corps est la seule chose que je contrôle, j’éprouve une grande émotion à le torturer, l’amincir, le tatouer, le percer, le frapper, le violenter, le saigner ou même pire le lacérer.

La reconnaissance de la toute-puissance de l’ascendance en toute efficacité d’une domination personnelle sur son organisme m’est exaltante. L’anatomie individuelle est notre propriété à part entière, donc par traduction notre privé intime devrait nous être en particulier et exclusivement situé dans un égoïsme égocentrique singulier. C’est pour cela qu’une béatitude profonde et intense engorge mon corps quand une moindre douleur aussi infime soit-elle me pénètre. Elle peut être une pointe de compas, une lame de cutter, une aiguille à coudre, et les mauvais jours, je prends un couteau chauffé à la cuisinière électrique, un mégot de cigarette, une bulle d’air enfoncée sous la peau avec le suspense de peut-être la mettre dans une veine.

Je dois avouer avec une pointe de jubilation que le mieux reste l’expérimentation de la famine ou de la déshydratation. Elles sont, ces deux dernières, des douleurs lentes et pesantes, comme le fardeau de la vie que je porte en permanence.

J’aime avoir mal, souffrir intensément.

Ainsi, je me contrôle, je contrôle tout, tout et encore tout, du moins le tout qu’il me reste en tout, et dieu sait qu’il ne me reste rien du tout. Ce n’est pas un viol, c’est un meurtre, je tue l’enfant qui était resté éveillé en moi pour réveiller la bête, le sauvage, l’animal, le rapace, le lion, le chacal. Voir mon sang couler et assumer la raideur profonde que cela procure est un acte puissant et sans fond à l’enivrement contemplatif que cela me procure.

Mon corps est la seule chose que je contrôle, certains disent que je ne contrôle plus rien en me tabassant comme ça dans des soirées lointaines de toute humanité. Certains diront que je suis un fou dans une folie de masse ; sachez que nous sommes juste des animaux qui laissent leurs pulsions entrer dans une harmonie d’unisson sans déraison, mais avec beaucoup de passion.

J’aime me saigner, me lacérer, me torturer, le faire en me regardant dans un reflet, contempler la déformation de la réalité. J’aime, oui, j’aime souffrir comme au premier jour ou j’ai respiré, j’aime, oh oui, j’aime que mon corps soit l’instrument de mes folies puissantes et emplies de regrets.

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22H22

J’ai prié, prié pour ma personne, demandé pour ma tête, conjuré pour mon esprit, imploré pour ma cervelle, adjuré pour mon intelligence. J’ai prié mais rien n’est venu. J’ai supplié pour l’entendement, pour le jugement et parfois aussi pour la raison, mais une nouvelle fois seul le néant m’est apparu. J’ai adressé des paroles pour le grand esprit, le visionnaire, le céleste, le dieu et je me suis agenouillé à m’en faire saigner, pour l’intellect, pour la foi… mais rien ne m’est apparu.

J’ai prié en sachant que la prière n’était que le premier combat d’une longue guerre que je menais contre moi, contre l’Asperger, contre l’élémentaire. Mais je l’ai fait… sans repère, sans père, sans mère… je l’ai fait en croyant être dans le salutaire.

J’ai prié, prié, foutu dieu que j’ai prié, j’ai prié à en pleurer, à une nouvelle fois en saigner, à en crier, à en hurler, à m’éprouver de cette peine si mauvaise, si ancrée qu’elle ruinait et infestait mes heures passées. J’ai prié pour ma personne, demandé pour ma tête, mais oublié que le miracle ne tombe pas comme une merveille mystérieuse qui arriverait, tel un prodige signe d’une bonté parfaite et perfectible sans travail et sans volonté.

J’ai prié, prié pour ma personne, demandé pour ma tête, conjuré pour mon esprit, mais même dieu et les anges savaient que mes prières n’étaient que des pansements d’un spectre que je ne comprenais pas.

Alors, je me suis arrangé avec le génie, les fantômes du passé et les démons du futur pour pardonner, conjurer et adjurer tous ceux que j’avais blessés et continuerais de blesser encore en vivant dans une survivance vigoureuse. J’ai prié en sachant que la prière n’était que le premier combat, mais n’avais imaginé que la guerre m’amènerait à cette guérilla.

J’ai prié mais ne prie plus, car la lutte m’a amoché et la conflagration m’a balafré le reste de morceaux cassés qui restait à mon cœur, si impossible à réparer. Meurtri par les entailles de la déception, je répare à présent les contusions d’une belligérance interne et soigne méticuleusement les préjudices de cette opération troublante qu’est le combat que l’on mène contre soi. J’avais adressé mes prières sans comprendre que c’était un acte codifié et collectif dans son individualité. Je ne savais pas qu’elles devaient puiser dans l’intercession, dans la confession ou la gratitude. J’avais prié mais oublié que je n’y croyais pas, en ces divinités. Je n’ai plus prié, plus prié pour ma personne, plus demandé pour ma tête, plus conjuré pour mon esprit, plus imploré pour ma cervelle, plus adjuré pour mon intelligence. Je n’ai plus prié, et tout m’est venu. Je n’ai plus supplié pour l’entendement, plus pour le jugement et parfois aussi plus pour la raison, et pour une fois seules l’existence et la beauté de l’être réel me sont apparues. Je n’ai plus adressé de paroles pour le grand esprit, le visionnaire, le céleste, le dieu et je ne me suis plus agenouillé à m’en faire saigner, pour l’intellect, pour la foi… Et la création m’est apparue.

J’avais prié, prié pour ma personne, maintenant je crée, crée pour les personnes.

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13H26

C’était une phrase qui ne se disait pas, ou peut-être plus, quoi qu’il en soit il me semblait que je l’avais déjà entendue.

Éternellement était un signe du néant, c’était même l’annonce d’une inanité, d’une faiblesse ou d’une misère. Ce n’était pas de la mélancolie, c’est dissemblable. Tu t’attendais à une tristesse, à de l’ennui, mais rien ne se fit, rien ne vit le jour ni la nuit. C’était plus nuisible que cela, plus épouvantable dans la pénibilité exécrable. Ça sentait l’horrible odeur du mauvais jour, ça laissait un sillage fétide qui te prouvait que tu allais une nouvelle fois être dans la pestilence de tes sentiments. C’était fini, on achevait la contemplation et usait la concupiscente volupté. Tu réalises que l’on vient de faire un infanticide sentimental de tes petites dévotions que tu protégeais, que tu défendais et que tu berçais sur des airs musicaux cultes, qui accomplissaient la mélodie de ta piété.

Te voici victime du crime tendre, qui par un mysticisme est en réalité un égorgement d’une idylle libertine.

Tu regardes les yeux trempés de tes intrigues, et constate le génocide de tes luxures, c’est brutal, féroce, virulent, mais tu t’y attendais. La torture est là, elle t’avait prévenu, mais tu as continué, tu as cru pour je ne sais quelle idée préfabriquée que tout allait fonctionner. C’était l’impétueuse réalité. Ton hymen cérébral est pourtant arraché, ce n’est pas la première fois, mais cette fois il y a une migraine qui t’assomme, tes poumons se décollent, ta respiration manque d’oxygène, tes engouements se meurent. Et tu regrettes, tu pleures, tu déplores avec sanglot l’échec, tu te reproches l’état physique de la débâcle. Mais tu sais, oui tu connais cette sensation dans ta peau, c’est à l’intérieur de toi, comme une gangrène, ça pourrit dans ta chair, rend véreux chaque cellule de ton corps, corrompt tes neurones les uns après les autres. Tu t’empoisonnes, fonds en larmes, tu brailles, chiales, hurles, saignes des larmes, ta bouche se nécrose à force de mordillement haineux, tu reconnais les erreurs mais jamais les faits.

Alors tu avances sans avancer mais tu te promets une chose, plus jamais tu n’entendras cette phrase, à condition que plus jamais tu ne dises ce mot. Et tu avanceras, une nouvelle fois, contre tout, contre toi, tu iras là où tu voudras. Tu t’en sortiras, une nouvelle fois, sans lui, donc sans une partie de toi, tu bomberas les épaules, regarderas loin devant, sans haine, sans rage, sans peine.  Tu te refuseras les remords, le déshonneur et le discrédit. Tu garderas exclusivement l’espérance et l’appétence. Quelle appétence ? De trouver la prospérité, l’émotion, la béatitude, la joie, le plaisir, le ravissement, la satisfaction… l’enchantement… l’euphorie… et, qui sait, peut-être l’extase. Car tu songeras un jour à t’en sortir, une nouvelle fois, et tu songeras à faire de toi tout ce qu’ils ne sont pas.

Car aimer c’est un attachement, et toi à présent tu es dévoué à être détaché du dévouement et du lien de l’inséparabilité. Vivre sans aimer, c’est mourir sans espérer.

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