9H53

Je regarde paresseusement mon dressing, et avec dégoût je ne peux que constater qu’il vomit du Dior et du Chanel. Tous ces créateurs légendaires, ces barons de l’élégance française, lorsque vous les regardez depuis le caniveau où je suis né, ils ont l’air tellement intouchable, tellement au-delà de toute prétention. Vous donneriez tout pour passer de l’autre côté de l’écran de télévision, pour être assis entre le monsieur à l’air pincé et la dame qui ne sourit jamais, pour pouvoir comme eux les applaudir en effleurant les extrémités de vos longues mains osseuses. Des vêtements qui sont tellement la représentation de ce que nous sommes, et de ce que nous souhaitons paraître.

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9H46

La première impression est déterminante. C’est pourquoi je mets autant de soin à me préparer. Dans la mesure du possible, je cherche continuellement à paraître sous mon meilleur jour, au cas où – certaines belles rencontres, après tout, sont le fruit du hasard, et cela les rend d’autant plus précieuses et mémorables. 

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9H44

Je viens de recevoir un appel sur mon smartphone à l’écran brisé ; je ne le répare pas car il me rappelle la personne que je suis, il est allégorique de la triste vérité au vernis craquelé, l’affligeante authenticité de ma prophétie de vie. À peine la conversation est-elle engagée, je la voudrais achevée, oubliée, reléguée dans un coin de ma mémoire si éloigné que je doute que les événements là-bas consignés ont bien eu lieu. La vérité est que je déteste le téléphone. Je m’y ennuie dès que l’information pertinente est tombée.

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