Je regarde paresseusement mon dressing, et avec dégoût je ne peux que constater qu’il vomit du Dior et du Chanel. Tous ces créateurs légendaires, ces barons de l’élégance française, lorsque vous les regardez depuis le caniveau où je suis né, ils ont l’air tellement intouchable, tellement au-delà de toute prétention. Vous donneriez tout pour passer de l’autre côté de l’écran de télévision, pour être assis entre le monsieur à l’air pincé et la dame qui ne sourit jamais, pour pouvoir comme eux les applaudir en effleurant les extrémités de vos longues mains osseuses. Des vêtements qui sont tellement la représentation de ce que nous sommes, et de ce que nous souhaitons paraître.

De l’eau a coulé sous le pont, le caniveau a été nettoyé.

Le point de vue a bien changé, il est pour ainsi dire perverti. Je fais à présent bien peu de cas de mes uniformes d’apparat. Ce sont des produits de consommation courante, plutôt un mal nécessaire. Je suis tellement blasé que je catalogue leurs clientèles avec férocité. La Chanel est une bourgeoise qui ne baise qu’avec des jeunes. Gucci est prosodique de cocaïne. La Prada est coincée de la fente annale, mais avec une fente fatale. Etc. Etc. Des bons mots, de la cruauté, les éléments de base pour un jeu de massacre réussi. J’en prends toujours pour le petit-déjeuner.

 

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