23H44

À la mère, celle qui détruit, celle qui coule, celle qui fait des vagues, celle qui déferle, celle qui fuit, celle qui nous enracine dans l’âme du monde.

J’aurais aimé être aimé d’un amour sans regrets. Mais ce n’est jamais arrivé, je n’ai jamais connu le verbe aimer dans la moindre conjugaison que je puisse utiliser. Mais il est une chose dont je puis me targuer, si la haine est un sentiment, et que les sentiments sont de l’amour, alors je peux me vanter sans gêne et sans retenue que j’ai été et serai à jamais aimé de mes parents, d’aussi lointain que je me souvienne et que je me souviendrai.

À la mère, celle qui détruit, celle qui coule, celle qui fait des vagues, celle qui déferle, celle qui fuit, celle qui nous enracine dans l’âme du monde. À toi, l’océan de chagrin, celui qui en vain n’a cessé de vaguer dans mon cœur avec une houle sans peur, à vous les flots de morose, ceux qui ont osé m’emmener dans les névroses des ecchymoses, à toi l’étendue acariâtre qui a fait de moi un hypocondriaque autodidacte, à toi, je t’offre le sable de mes pensées, celles qui se sont échouées sur les falaises de tes aphorismes élucidés.

J’aurais aimé être aimé d’un amour sans regrets, mais cette mère tempétueuse n’avait pas le métabolisme pour y arriver, sans que s’engravasse l’ensablement meurtrier. Mais il est une chose dont je puis me targuer, malgré les ratés, malgré l’enlisement destiné, c’est que jamais je n’ai cessé d’y croire, quitte à m’affaisser dans les graviers de la méchanceté.

2 réflexions au sujet de « 23H44 »

  1. Un jour, une artiste un peu élitiste a affirmé ( parlant d’une de mes œuvres) que la création basée sur nos propres souffrances ne pouvait rivaliser avec celle de l’imaginaire pur . Je savais pertinemment qu’elle avait tort ( et qu’elle était folle d’arrogance) ; vous le prouvez ici avec votre écriture ciselée dans la transcendance

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