J’ai prié, prié pour ma personne, demandé pour ma tête, conjuré pour mon esprit, imploré pour ma cervelle, adjuré pour mon intelligence. J’ai prié mais rien n’est venu. J’ai supplié pour l’entendement, pour le jugement et parfois aussi pour la raison, mais une nouvelle fois seul le néant m’est apparu. J’ai adressé des paroles pour le grand esprit, le visionnaire, le céleste, le dieu et je me suis agenouillé à m’en faire saigner, pour l’intellect, pour la foi… mais rien ne m’est apparu.

J’ai prié en sachant que la prière n’était que le premier combat d’une longue guerre que je menais contre moi, contre l’Asperger, contre l’élémentaire. Mais je l’ai fait… sans repère, sans père, sans mère… je l’ai fait en croyant être dans le salutaire.

J’ai prié, prié, foutu dieu que j’ai prié, j’ai prié à en pleurer, à une nouvelle fois en saigner, à en crier, à en hurler, à m’éprouver de cette peine si mauvaise, si ancrée qu’elle ruinait et infestait mes heures passées. J’ai prié pour ma personne, demandé pour ma tête, mais oublié que le miracle ne tombe pas comme une merveille mystérieuse qui arriverait, tel un prodige signe d’une bonté parfaite et perfectible sans travail et sans volonté.

J’ai prié, prié pour ma personne, demandé pour ma tête, conjuré pour mon esprit, mais même dieu et les anges savaient que mes prières n’étaient que des pansements d’un spectre que je ne comprenais pas.

Alors, je me suis arrangé avec le génie, les fantômes du passé et les démons du futur pour pardonner, conjurer et adjurer tous ceux que j’avais blessés et continuerais de blesser encore en vivant dans une survivance vigoureuse. J’ai prié en sachant que la prière n’était que le premier combat, mais n’avais imaginé que la guerre m’amènerait à cette guérilla.

J’ai prié mais ne prie plus, car la lutte m’a amoché et la conflagration m’a balafré le reste de morceaux cassés qui restait à mon cœur, si impossible à réparer. Meurtri par les entailles de la déception, je répare à présent les contusions d’une belligérance interne et soigne méticuleusement les préjudices de cette opération troublante qu’est le combat que l’on mène contre soi. J’avais adressé mes prières sans comprendre que c’était un acte codifié et collectif dans son individualité. Je ne savais pas qu’elles devaient puiser dans l’intercession, dans la confession ou la gratitude. J’avais prié mais oublié que je n’y croyais pas, en ces divinités. Je n’ai plus prié, plus prié pour ma personne, plus demandé pour ma tête, plus conjuré pour mon esprit, plus imploré pour ma cervelle, plus adjuré pour mon intelligence. Je n’ai plus prié, et tout m’est venu. Je n’ai plus supplié pour l’entendement, plus pour le jugement et parfois aussi plus pour la raison, et pour une fois seules l’existence et la beauté de l’être réel me sont apparues. Je n’ai plus adressé de paroles pour le grand esprit, le visionnaire, le céleste, le dieu et je ne me suis plus agenouillé à m’en faire saigner, pour l’intellect, pour la foi… Et la création m’est apparue.

J’avais prié, prié pour ma personne, maintenant je crée, crée pour les personnes.

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