C’est à l’intérieur du corps, ça traverse la chair comme une toxine, perce chaque anatomie pour pénétrer dans la masse et y injecter son venin. C’est en profondeur dans les organes les plus utiles, ça perfore le larynx sans saignement puis franchit la veine jugulaire. C’est interne… Ça ne fait pas de bruit, le silence est paisible mais le bourdonnement assourdissant.  L’envahissement courtois commence à faire mal, on sent le déchirement du poumon droit… puis du gauche, la souffrance est intense, le virus est rapide puis le combat nous fatigue. Et là, d’un coup, sans civilisation ni compréhension, on sent une crampe dans tous les muscles, le cœur s’amertume de tant de cyanure métaphysique, l’estomac s’imbibe d’arsenic psychologique, l’intestin sans retenue, sans s’émouvoir, se décompose et irradie le peu qui vous restait. Les dommages sont profonds, intimes, secrets, le préjudice consterne et vous désespère. Pourtant l’idolâtrie des sentiments vous avait prouvé la radiation qu’il exécutait. Mais aimer c’est pur, c’est simple, c’est indispensable, alors vous avez aimé jusqu’à placer l’autre au-dessus de votre destinée. Aimer c’est déposer avec délicatesse et sans fierté son cœur dans les mains de celui qui vous est destiné. Vous le posez sans regret en acceptant le malencontreux accident de dix étages de vos sentiments. 

Ça chute, c’est long, c’est sourd mais vous voyez le scène au ralenti, regardez sous différents angles, analysez, rembobinez, cherchez le moindre détail qui pourrait laisser croire que c’est un effet spécial en trois dimensions. Puis vous finissez par comprendre que le cœur ne pourra qu’arriver brisé sur ce goudron, chauffé par la chaleur de cet été torride et embrasé. Foutu dieu que c’est atroce, c’est horrible, vous voyez la scène, elle est belle d’atrocité, vous la voyez mais ne pouvez rien faire, rien dire, juste accepter que l’on fasse cela avec vos pensées. Vos yeux s’injectent de sang, vous ne pouvez que regretter, mais regretter c’est inutile car il est trop tard, alors on regarde et regarde, ce petit cœur explosé et sanglant. Il bat encore, c’est beau, mais plus il bat et plus le sang en ressort, le soleil le réchauffe, mais en le réchauffant il accélère la décomposition, car vous pourrissez de l’intérieur. Pourquoi ? Comment peut-on continuer d’aimer ? A quoi ça sert, si ce n’est à se faire empaler sur ses regrets, pour ensuite finir dépecé de la plus belle chose qui puisse exister ? Peut-être pour l’espoir, pour la vie, pour l’existence…

Je vous hais en surface, mais dans le fond, je vous aime d’un amour horriblement laid.

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