13H26

C’était une phrase qui ne se disait pas, ou peut-ĂȘtre plus, quoi qu’il en soit il me semblait que je l’avais dĂ©jĂ  entendue.

Éternellement Ă©tait un signe du nĂ©ant, c’était mĂȘme l’annonce d’une inanitĂ©, d’une faiblesse ou d’une misĂšre. Ce n’était pas de la mĂ©lancolie, c’est dissemblable. Tu t’attendais Ă  une tristesse, Ă  de l’ennui, mais rien ne se fit, rien ne vit le jour ni la nuit. C’était plus nuisible que cela, plus Ă©pouvantable dans la pĂ©nibilitĂ© exĂ©crable. Ça sentait l’horrible odeur du mauvais jour, ça laissait un sillage fĂ©tide qui te prouvait que tu allais une nouvelle fois ĂȘtre dans la pestilence de tes sentiments. C’était fini, on achevait la contemplation et usait la concupiscente voluptĂ©. Tu rĂ©alises que l’on vient de faire un infanticide sentimental de tes petites dĂ©votions que tu protĂ©geais, que tu dĂ©fendais et que tu berçais sur des airs musicaux cultes, qui accomplissaient la mĂ©lodie de ta piĂ©tĂ©.

Te voici victime du crime tendre, qui par un mysticisme est en rĂ©alitĂ© un Ă©gorgement d’une idylle libertine.

Tu regardes les yeux trempĂ©s de tes intrigues, et constate le gĂ©nocide de tes luxures, c’est brutal, fĂ©roce, virulent, mais tu t’y attendais. La torture est lĂ , elle t’avait prĂ©venu, mais tu as continuĂ©, tu as cru pour je ne sais quelle idĂ©e prĂ©fabriquĂ©e que tout allait fonctionner. C’était l’impĂ©tueuse rĂ©alitĂ©. Ton hymen cĂ©rĂ©bral est pourtant arrachĂ©, ce n’est pas la premiĂšre fois, mais cette fois il y a une migraine qui t’assomme, tes poumons se dĂ©collent, ta respiration manque d’oxygĂšne, tes engouements se meurent. Et tu regrettes, tu pleures, tu dĂ©plores avec sanglot l’échec, tu te reproches l’Ă©tat physique de la dĂ©bĂącle. Mais tu sais, oui tu connais cette sensation dans ta peau, c’est Ă  l’intĂ©rieur de toi, comme une gangrĂšne, ça pourrit dans ta chair, rend vĂ©reux chaque cellule de ton corps, corrompt tes neurones les uns aprĂšs les autres. Tu t’empoisonnes, fonds en larmes, tu brailles, chiales, hurles, saignes des larmes, ta bouche se nĂ©crose Ă  force de mordillement haineux, tu reconnais les erreurs mais jamais les faits.

Alors tu avances sans avancer mais tu te promets une chose, plus jamais tu n’entendras cette phrase, Ă  condition que plus jamais tu ne dises ce mot. Et tu avanceras, une nouvelle fois, contre tout, contre toi, tu iras lĂ  oĂč tu voudras. Tu t’en sortiras, une nouvelle fois, sans lui, donc sans une partie de toi, tu bomberas les Ă©paules, regarderas loin devant, sans haine, sans rage, sans peine.  Tu te refuseras les remords, le dĂ©shonneur et le discrĂ©dit. Tu garderas exclusivement l’espĂ©rance et l’appĂ©tence. Quelle appĂ©tence ? De trouver la prospĂ©ritĂ©, l’émotion, la bĂ©atitude, la joie, le plaisir, le ravissement, la satisfaction
 l’enchantement
 l’euphorie
 et, qui sait, peut-ĂȘtre l’extase. Car tu songeras un jour Ă  t’en sortir, une nouvelle fois, et tu songeras Ă  faire de toi tout ce qu’ils ne sont pas.

Car aimer c’est un attachement, et toi Ă  prĂ©sent tu es dĂ©vouĂ© Ă  ĂȘtre dĂ©tachĂ© du dĂ©vouement et du lien de l’insĂ©parabilitĂ©. Vivre sans aimer, c’est mourir sans espĂ©rer.

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