12H48

C’était inefficace, j’avais beau regarder en face de moi, je ne voyais que l’infructueux, l’inutile ou pire, l’infĂ©cond. Mes yeux Ă©carquillĂ©s par la drogue et l’alcool me rendaient mĂ©lancolique d’une stĂ©rilitĂ© d’imagination. Je ne voyais pas d’issue, pas d’exutoire ni de dĂ©versoir. Rien !! Il n’y avait rien !! Rien que ma foutue solitude et mes narcotiques pour allĂ©ger mes tics psychotiques.

L’insignifiance de ma personne Ă©tait une frivolitĂ© chimĂ©rique aux yeux de tous,  on ne me regardait pas, on jetait un Ɠil de temps Ă  autre pour vomir sans consistance le fondement sans importance et sans consĂ©quence de ma dĂ©chĂ©ance physique.

J’avais Ă  peine honte mais les autres avaient des remords du passĂ©, rĂ©flĂ©chissaient au repenti sans y croire, il y avait du dĂ©shonneur dans leurs pupilles, de l’humiliation dans leur accointance Ă  une personne, comme un dĂ©chet sans effet et sans motif qu’il y avait en face de leurs orgueils glorieux d’une fausse prĂ©somption de supĂ©rioritĂ©, face Ă  celui qui avait tout loupĂ©. Je pouvais ĂȘtre dans la turpitude ou l’abjection mais mĂȘme tout ceci, ainsi que l’ignominie Ă©taient loin derriĂšre, cachĂ©es avec la pudeur, la rĂ©serve et la retenue. Quand on est en bas on voit mieux ce qu’il se passe en haut, n’est-ce pas ? La vue y est plus panoramique, le spectacle a un aspect de perspective conceptuelle pornographique. On admire les autres, ceux qui ont rĂ©ussi, qui sont dans l’opulence du paraĂźtre, ceux qui habillent leurs corps et leurs sentiments de mensonges soyeux, l’élĂ©gance de leur chair n’est plus Ă  faire. Ils transpirent le chic, sont vĂȘtus d’apparat et de dĂ©bauche, ils sont dans le monde, celui qui roule, qui fonce, qui court tandis que les autres regardent une nouvelle fois avec la rĂ©tine Ă©cartelĂ©e de ne pouvoir rĂ©ussir une seule phase de leur destinĂ©e. Ils ouvrent leur vue dĂ©mesurĂ©ment pour admirer ce qu’ils n’auront jamais, se dĂ©brident les paupiĂšres pour dĂ©faire et dĂ©plier la vĂ©ritĂ©. Mais Ă  trop vouloir entrouvrir leurs prunelles, ils comprennent qu’ils ne pourront jamais parcourir la grandeur d’une vie sans souffrir de cette vĂ©ritĂ© pourrie par la rĂ©alitĂ©.

Puisque le rĂ©el pour eux est bien matĂ©rialisĂ© par l’avarie de vie telle qu’elle est dĂ©finie en philosophie, plus de plaisirs, plus de joie, d’amour ou de soi, il n’y a que la dĂ©composition putrĂ©fiĂ©e de leur corps et de leurs pensĂ©es. c’est infect, ça pue, ça contamine la vue des autres, mais ça soulage de se dire qu’ils ne sont pas comme ces dĂ©pravĂ©s dĂ©tĂ©riorĂ©s de la sociĂ©tĂ©.

C’était inopĂ©rant, j’avais beau regarder en face de moi, je ne voyais que l’infructueux, l’inutile ou pire l’infĂ©cond. Il ne me reste qu’une nouvelle fois Ă  Ă©carquiller mes yeux avec de la drogue et un verre d’alcool pour, une fois Ă©gorgĂ©e la mĂ©lancolie, inviter la survie Ă  me conseiller sur mes choix obscurcis et assourdis qu’il fallait Ă  tout prix ne jamais rĂ©itĂ©rer.

3 commentaires sur “12H48

    1. “Que tous les excĂšs de langage soient possibles en famille donne l’envie de connaĂźtre un milieu oĂč tout ne peut pas se dire.”
      Robert Mallet dans l’utile et le futile .

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