05H26

Je me rappelle de toi, de ta peau, ton corps, ton odeur, ta douceur, ta voix grave, ta transpiration, tes cheveux et l’odeur de blĂ© qui s’en dĂ©gageait. Je me rappelle de tout et de rien en mĂȘme temps, je me rappelle de nos bras enlacĂ©s et les mille-et-un baisers que tu me faisais dans le cou pour soulager mes pensĂ©es. Je me rappelle ton odeur, une senteur de musc et de vanille, deux parfums que tu adorais mĂ©langer, mais dont tu taisais la provenance pour que personne ne puisse te copier. Je me rappelle de tout, je te le promets. Je n’ai rien oublié  Comment pourrais-je oublier le premier, l’unique, le seul, celui qui a gravi les Ă©chelons pour mĂ©riter et retirer ma si belle et douce virginitĂ© ? Je me rappelle de toi, de ta peau, de ton corps, de ton odeur, de ta douceur, mais surtout de ta voix grave, si grave mais si rassurante, tellement rassurante
. Peut-ĂȘtre trop rassurante. Je me rappelle de tout et de rien en mĂȘme temps, mais le rivage des images sera Ă  jamais lĂ  pour me le rappeler.

Tu Ă©tais si beau que mes yeux ne pouvaient te regarder, tu Ă©tais si fort que ma peau ne pouvait te rĂ©sister, tu Ă©tais si envoĂ»tant que mĂȘme mon cerveau n’avait compris ce qu’il se passait. Je n’ai rien oubliĂ©, tu sais, et comment foutu dieu le pourrais-je ?

Je devenais ta gloire, ton numĂ©ro, ton nouveau, ta proie, ta maladie, ton combat et la force de ta contagion que tu voulais puissante et mortelle. Je me rappelle de toi, de ta peau, de ton corps, de ton odeur, de ta douceur, de ta voix grave et de tes mots qui dĂ©truiront Ă  jamais mes espoirs d’une vie simple en bonne santĂ©. Tu Ă©tais si envoĂ»tant que je n’avais mĂȘme pas vu les prĂ©mices du virus redoutable que tu portais, avec la joie d’un enfant jouant avec des jeux dangereux en toussant des glaires noirĂątres qui sortent d’un corps si juvĂ©nile et rassurant. Je me rappelle de toi, de tes yeux, tu avais portĂ© des lentilles pour pouvoir mieux dĂ©serter face Ă  l’infection, ton iris avait la couleur de l’abandon et la lourdeur de l’indisposition.

Tu te pensais pupille de la nation, mais tu n’avais que ta cornĂ©e pour voir la vraie rĂ©alitĂ© de la lĂąchetĂ© de ton Ă©tat physique.

Croire en toi, croire au corps ciliaire et Ă  l’humeur aqueuse que cela provoque, te tenir au ligament suspenseur pour croire au regard que l’on pose sur les autres et sur toi. Tu as jouĂ© avec mes nerfs dans l’optique d’oublier le trouble palpable de ta souffrance mentale et organique.

Tu te pensais dotĂ© d’un fort physique, mais en rĂ©alitĂ© le psychologique abattait seconde aprĂšs seconde ton mal, ton irrĂ©el alitĂ©, ta fausse patraque et ton dĂ©rĂšglement dĂ©rangĂ©. Tu Ă©tais fou d’une maniaquerie Ă  la limite du monstre colossal qui Ă©tait vĂ©ridiquement en toi et qui t’empoisonnait larmes aprĂšs pleurs d’une vie que tu te savais maladive et corruptible. En rĂ©alitĂ© mon ami, tu t’es tuĂ© de la seule maladie que tu avais, et qui Ă©tait prodigieusement Ă©rotomane et cynique, la folie d’ĂȘtre sans limite dans tes actes excessivement extrĂȘmes d’une immodĂ©ration outrageante.

Tu étais un diable qui avait une lentille de camera à la place des yeux, tu étais un narrateur de ton passé et un réalisateur du futur des autres.

Tu as fait de notre moment magique un film macabre visible de tous. Et tu as ri de ma gloire lugubre, tu as ri de ce script usurpĂ© d’un Ă©crivain baignĂ© dans la luxure. Tu avais portĂ© des lentilles pour pouvoir mieux dĂ©serter face Ă  l’infection, mon iris aujourd’hui a une couleur inhospitaliĂšre et la lourdeur de ton acte sur mon cƓur. Mais aujourd’hui je suis vivant, pendant que ton corps immoral et infect se dĂ©compose dans la fosse commune des oubliĂ©s de la sociĂ©tĂ© des faux intellects. Toi, tu as trĂ©passĂ© sans savoir que ton virus ne m’aura jamais attaquĂ©. Je devais ĂȘtre ta gloire, ton numĂ©ro, ton nouveau, ta proie, ta maladie, ton combat et la force de ta contagion que tu voulais puissante et mortelle, mais le destin en aura choisi autrement en m’offrant une chance alors qu’il te donna la malĂ©diction. Je suis vivant pendant que ton cadavre croupit dans l’humus des gisants. Tu Ă©tais le premier, celui qui allait prendre ma virginitĂ©, mais plongĂ© dans la prĂ©somption de tes actes passĂ©s, tu as oubliĂ© que le destin pouvait lui aussi se charger de ceux qui sont sans regrets.

La conclusion n’avait jamais eu de solution, la terminaison Ă©tait limitĂ©e par des destructions, mais l’exĂ©cution fut une ode Ă  sa pĂ©roraison.

4 commentaires sur “05H26

  1. Bon jour,
    Un texte Ă©poustouflant.
    En fait, il vous a choisi pour Ă©crire l’histoire. Votre histoire mais aussi l’historie d’un trĂšs grand nombre. L’oubli n’est pas Alzheimer, il est ce que l’on veut en faire et la mĂ©moire est ce feu sacrĂ© qui ose s’opposer au temps, Ă  l’usure du nouveau, aux piques de la ruĂ©e vers le changement … La mĂ©moire s’est suer chaque jour sur la ligne du compteur du temps qui grave sa libertĂ© dans sa ronde rĂ©flexe de garde fou de l’Ă©ternitĂ© … vous avez Ă©crit votre Ă©ternitĂ© situĂ© Ă  la hauteur de votre cƓur dont la raison porte les mots de bontĂ©, de sincĂ©ritĂ© et de colĂšre, de larmes, de fiertĂ© de vivre encore et encore …
    Max-Louis

    1. Bonjour, oui la mĂ©moire s’est suer chaque jour sur la ligne du compteur du temps qui grave sa libertĂ© dans sa ronde rĂ©flexe de garde-fou de l’éternitĂ©. Merci pour votre commentaire trĂšs beau et bien Ă©crit.

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