09H01

Aider, mais se condamner, assister ceux que l’on aime en s’appuyant sur un secours collaboratif, mais comprendre que l’incurable ou l’inguĂ©rissable nous meurt et nous rend irrĂ©mĂ©diablement inutiles dans notre abĂźme.

Donner un coup de main sans se protĂ©ger, soutenir en soulageant nos pensĂ©es sans subvenir Ă  ses nĂ©cessitĂ©s, c’est s’écarter en s’isolant de tout, en absorbant des pensĂ©es avariĂ©es d’un gĂąchis oiseux qui nous dĂ©sempare et nous dĂ©confit dans un dĂ©sert dĂ©peuplĂ© d’errance et de fourvoiement. 

J’aurais aimĂ© ĂȘtre lĂ , le jour oĂč tu marchais sur le pont de ton roman, celui qui allait signer la fin de tes peurs tourbillonnantes de poison emprisonnant. J’aurais aimĂ© ĂȘtre au loin dans le paysage brumeux, pour te donner la main avant que tu ne sautes dans les vagues Ă©cumeuses de tes actes prĂ©somptueux. J’aurais aimĂ© ĂȘtre Ă  tes cĂŽtĂ©s pour te murmurer que le tumulte dĂ©fectueux de ton passĂ© ne pouvait pas devenir l’impĂ©tueux avenir que tu pensais avec certitude douloureux. J’aurais aimĂ© ĂȘtre lĂ , le jour oĂč tu marchais sur le pont de ton roman, mais ce jour-lĂ , j’ai cru fĂ©rocement que ce n’était qu’une nouvelle fois la sonnerie alarmante d’une envie sans rĂ©elle rĂ©sonance. J’aurais aimĂ© ĂȘtre au loin dans le paysage douloureux de ton corps pour y apporter un peu de lumiĂšre, mais toi et moi savons que ta fougue coutumiĂšre t’aurait emmenĂ© tout de mĂȘme une matinĂ©e ou l’autre dans les nĂ©buleuses d’un paradis que tu pensais bien plus fabuleux que ce monde, que tu n’as cessĂ© de trouver crapuleux. 

En rĂ©alitĂ©, j’aurais aimĂ© ĂȘtre lĂ , le jour oĂč tu marchais sur le pont de ton roman, pour t’accompagner dans le dernier chapitre bouillonnant de tourbillons violents que tu achevais.

J’aurais aimĂ© ĂȘtre lĂ  pour te fredonner cette chanson que seul toi et moi connaissons, je l’aurais fait tout en te tenant la main, tout en t’embrassant une derniĂšre fois comme nous le faisions quand tout allait Ă  l’unisson.

J’aurais aimĂ©, mais pour une fois, je n’y ai pas cru et en consĂ©quence, tu as sautĂ© du pont de ton roman sans que je puisse une derniĂšre fois te dire que tu Ă©tais ma librairie de sentiments. Tu as sautĂ© de si haut que j’entends dans le fond de mon inconscient ton crĂąne se fracasser contre les vagues de mes regrets. J’aurais aimĂ© ĂȘtre Ă  tes cĂŽtĂ©s pour Ă©viter que le vent pactise avec le son, pour Ă©tendre la violence du bruit de ton squelette se dĂ©molir contre les flots Ă©tendus de nos ferveurs que l’on n’a su reconquĂ©rir. J’aurais aimĂ© t’aimer, peut-ĂȘtre, un peu plus, mais la rĂ©alitĂ© est que la plaine et les rivages t’auraient tout de mĂȘme happĂ©, pour que tu finisses dans le sillage d’une plage, tel le poĂšte dĂ©sespĂ©rĂ© que tu aimais ĂȘtre sans camouflage. J’aurais aimĂ© ĂȘtre lĂ , le jour oĂč tu marchais sur le pont de ton roman pour t’accompagner dans ce saut, et trĂšs certainement moi aussi, j’aurais Ă©tais capable de me briser les os contre les ondes que formait cet ocĂ©an de fatigue que nous Ă©tions tous deux, mon Ă©reintĂ©. 

En rĂ©alitĂ©, j’aurais aimĂ© ĂȘtre lĂ  pour que nous n’en soyons plus lĂ . Mais ce roman Ă©tait le tien, et ces pages devaient porter ton Ă©criture. Tu les as rĂ©digĂ©es avec l’encre de ton sang et je les lis avec les larmes de mon corps. J’aurais aimĂ© ĂȘtre lĂ , le jour oĂč tu dĂ©ambulais sur la passerelle encyclopĂ©dique de tes mĂ©moires, juste pour te narrer le rĂ©cit de ta vie et t’entendre me conter une derniĂšres fois les fables de ta biographie, seulement pour que nous fermions en harmonie cet ouvrage. Mais ce livre, je devrai le poser sur le chapitre le plus fort de notre recueil, seul comme tu l’étais le lendemain dans ton cercueil. 

Aider, mais se condamner, c’est composer une Ɠuvre manuscrite en ruinant sans neutralitĂ© la fraternitĂ© de vos dĂ©ceptions mal jugĂ©es.

6 commentaires sur “09H01

  1. Bon jour,
    Les mots ne meurent pas. Il sont parfois Ă©tais pour la construction d’un pont la main-courante en option Ă  dĂ©faut de la main qui secours peut-ĂȘtre une main d’encre qui laisse filer les angoisses et volatilise l’ancre de mourir car c’est bien cela dont il est question cette mort qui coupe le fil qu’il soit de coton ou d’acier il n’est question que de temps Ă  souffrir et le regard de l’autre comme Ă©merveillĂ© de tenir encore le gouvernail de sa barque emporte par la rĂ©silience l’entourage qui ne voit que l’illusion …
    Max-Louis

    1. Merci, vous n’imaginez pas Ă  quel point cela me touche, l’Ă©criture et un mĂ©dicament pour moi, et savoir que des personnes trouvent que mon travail vaut le coup me rend heureux et me remplit de courage.

      1. Merci 🙏🙏🙏🙏🙏🙏🙏🙏🙏🙏🙏🙏

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