22H57

24 dĂ©cembre au soir, je me retrouve d’un seul regard Ă  ĂȘtre le cadeau d’un homme au sommet de sa gloire. 

J’ai les lĂšvres tout juste trempĂ©es de sang, tout en sachant que monsieur attend plus qu’un simple cadeau, il exige de fĂȘter ce moment-lĂ  tel que le monde le lui doit. 
Car monsieur est grand; il n’est pas un humain ordinaire, il est plutĂŽt de la race des rois parmi les faibles, et cela dans sa juste rĂ©tribution mentalement laide. 
« Abandonne ton corps Â» me dit ma petite voix intĂ©rieure, «  Ne regarde rien et laisse faire Â» dit mon ĂȘtre extĂ©rieur. Mais mon for intĂ©rieur s’en dĂ©dira « Force-toi Ă  voir chacune des choses qu’il te fera, car pour rien au monde il ne faudrait que tu oublies une seule seconde la laideur de cette humanitĂ© rieuse d’une triste rancƓur ». 
Puisqu’il en est ainsi, et que l’intĂ©rieur ne peut qu’avoir raison, de par son actif que l’ultĂ©rieur ne pourrait jamais avoir, et ce malgrĂ© les pleurs de ne connaĂźtre sa destinĂ©e avant l’heure du sale quart-d’heure, je dĂ©cidai d’observer chaque seconde de cette avalanche de coups et de blessures physiques et
 Quelle bĂȘtise allais-je dire,  le psychologique n’est plus, depuis le cynisme prĂ©dictif que ma propre mĂšre avait de mon emploi futur. 
Je regardai la scĂšne tout en voulant en ĂȘtre l’acteur, et l’annonciateur. Sans qu’une seule fois on y abrĂšge ma douleur, qui n’était qu’amplificateur de vigueur pour monsieur, Ă  qui je fus offert pour mon plus grand malheur. 
C’est pourquoi j’aime observer l’humanitĂ©. Elle m’intrigue, me faisant presque oublier la douleur, je finis par anticiper chaque accĂšs de dĂ©mence et de violence. L’humain est fait dĂ©cidĂ©ment pour dĂ©truire tout ce qu’il peut, comme il le peut, quel qu’en soit le prix ; il le fera avec dĂ©lectation et chaleur intĂ©rieure emplie de passion. 

 

L’humain n’a d’humanitĂ© que par dĂ©finition, parce que lui-mĂȘme s’en fait le parangon, mais nous savons au fond de nous que nos actes nous placent Ă  la hauteur du plus abject des chacals.  
Regardez ce monsieur qui me tient la tĂȘte comme un vulgaire bout de steak, ce lord qui m’enfourne avec violence, on entend son halĂštement de plus en plus fort, je sens des vagues d’air qui viennent et reviennent sur le bas de ma nuque, c’est un chien qui baise une chienne, un salaud qui encule une salope, et un pĂ©dĂ© qui enfourne une pute. 
La violence des mots est bien plus perverse que celle des coups, vous n’imaginez pas Ă  quel point tous les mots qu’il me dit pĂšsent plus que le poids de son ventre sur le bas de mes reins. 
Je me suis promis d’observer sans dĂ©ranger, je ne suis que l’objet du sujet, et c’est bel et bien lui qui est le sujet de mon observation. Je suis une souris de laboratoire, Ă  qui l’on fait subir tous les sĂ©vices, pour mieux comprendre le fonctionnement de cette perversitĂ©, devenue virale et insoignable. 
Je le regarde droit dans les yeux, dieu que cela est mĂ©lodieux, sa bouche coule de dĂ©sir, ses yeux saignent d’un loisir intense et l’espace s’emplit de gĂ©missements qu’il aime Ă  reproduire. 
Oui, j’aime observer l’humanitĂ©, jusqu’Ă  ce que sous la violence, je m’évanouisse par manque de vivacitĂ©. 
L’humanitĂ© est belle, si l’on considĂšre que la laideur est une crĂ©ation, et que toute crĂ©ation est un art ; l’art bien que subjectif n’en reste pas moins une oeuvre majeure, alors ma considĂ©ration n’en est que plus appuyĂ©e sur la beautĂ© de cette humanitĂ© laide de cƓur. 
24 dĂ©cembre au soir et je me rends compte qu’il est trop tard pour m’acheter un espoir. 

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