18H34

Lettre amĂšre.
 
MĂšre,
 
Voici aujourd’hui treize ans que je ne vous ai pas vue, treize longues annĂ©es Ă  espĂ©rer votre retour Ă  mes cĂŽtĂ©s. MĂšre, si vous saviez Ă  quel point votre prĂ©sence me manque, si vous saviez ce que l’imagination du doux son de votre voix gĂ©nĂšre comme sensations en moi.
MĂšre, je ne sais mĂȘme plus avec les annĂ©es comment devrais-je vous nommer. Parfois je me plais Ă  dire que je devrais attester que vous ĂȘtes ma maman, mais vous et moi savons qu’une gĂ©nitrice qui abandonne son enfant ne peut ĂȘtre une maman. Elle ne peut ĂȘtre qu’une crĂ©atrice destructrice de sentiments. MĂšre, mes larmes coulent comme une hĂ©morragie interne, elles sont silencieuses mais font un mal incommensurable, je souffre de votre absence, souffre de cette souffrance profonde et intense que vous me procurez mĂȘme a distance. Vous ne pourriez imaginer le tourment empli d’amertume que me procurent les quelques photos qu’il me reste de vous et que je regarde avec dĂ©solation et chagrin de temps Ă  autre. 
MĂšre, voici aujourd’hui treize ans que je ne vous ai pas vue, voici treize ans que mes yeux ne vous ont pas contemplĂ©e, treize ans que je n’ai pu lorgner sur nos embrassades, treize ans que je n’ai pu percevoir ou apercevoir l’ombre de vos gestes. MĂšre, si vous saviez Ă  quel point votre prĂ©sence me manque, j’idolĂątre de vous entrevoir les jours oĂč je marche seul sur les trottoirs de ma ville. Je deviens fou de votre absence si prĂ©sente qu’elle me rend intensĂ©ment fragile. MĂšre, mes larmes coulent comme une effusion de sang, c’est laid, mauvais, mĂ©diocre et vilain, mais je dois vous avouer qu’il ne me reste que cela et ce « cela Â» me rassasie de chagrin. 
MĂšre, je ne sais mĂȘme plus avec les annĂ©es ce qu’est l’amour parental que vous aviez pu me porter, je suis en torture de n’avoir votre attachement tendre et passionnĂ©, mon corps se martyrise seul de ne pouvoir vous chĂ©rir avec vĂ©nĂ©ration et Ă©pris d’entichement passionnel. MĂšre, je sanglote une nouvelle fois, si vous pouviez me voir rejeter cette quantitĂ© phĂ©nomĂ©nale de gouttes salĂ©es, je suis sĂ»r qu’avec peut-ĂȘtre une once de chance vous seriez touchĂ©e. Mes yeux larmoient des perles si Ă©normes, si dures et douloureuses, que j’en viens Ă  vouloir pĂ©rir de notre dĂ©sunion. Vous savez, vous aviez raison, je suis faible, peut-ĂȘtre mĂȘme plus que dans votre imagination la plus productive, car je m’affaiblis jour aprĂšs nuit de ce clivage si dĂ©marquĂ© qui nous unit. 
MĂšre, voici aujourd’hui treize ans que je ne vous ai pas vue, encore Ă  ce jour les raisons m’échappent, encore actuellement le mobile m’est incomprĂ©hensible, encore prĂ©sentement le prĂ©texte m’est indĂ©chiffrable. MĂšre, si vous saviez Ă  quel point j’agonise, Ă  quel point je me dissous de cette dissidence excessive. MĂšre, j’ai peur de m’éteindre de cette perte d’affection maternelle, je succombe minute aprĂšs seconde de vos baisers qui me soulageaient tant, je dĂ©pĂ©ris de vos bras rĂ©confortants, de vos mots si estimables lorsqu’ils m’étaient destinĂ©s. 
MĂšre, voici aujourd’hui treize ans que je ne vous ai pas vue, et voir Ă  mes yeux est d’une indispensabilitĂ© vitale, voir c’est discerner, saisir, se rendre compte ou alors comprendre, trouver et savoir. Mais aujourd’hui je ne vois plus, je n’assiste plus et en viens Ă  ne mĂȘme plus rĂ©ussir Ă  vous imaginer sans que cela soit faussĂ© par les annĂ©es d’absence Ă©coulĂ©es. MĂšre, si vous saviez l’amour que je vous porte, malgrĂ© la violence, malgrĂ© l’abandon et malgrĂ© les insultes. Si vous saviez l’adoration que je ressens, en dĂ©pit des coups, en dĂ©pit de la brutalitĂ© et en dĂ©pit de la vĂ©hĂ©mence impĂ©tueuse et rĂ©voltante que vous me portez. MĂšre, vous me manquez, c’est ancrĂ© dans mon corps, c’est douloureux, tranchant, sanglant, mais je ne peux rien y faire. Vous me manquez et j’en hurle de douleur et de torture, au mĂ©pris de tout le mal que vous m’avez fait et ferez.  MĂšre, mes larmes coulent comme une hĂ©morragie interne, mais encore une fois je tairai mes pensĂ©es en les Ă©crivant pour relĂącher le trop-plein de sentiments gĂąchĂ©s, tout en sachant que vous ne tomberez jamais sur ces pensĂ©es tombĂ©es de mon cerveau obscurci par cette lobotomie qu’est le manque de votre amour si tendre qu’il en est dans mes plus profonds souvenirs ancrĂ© de bonheur et de tendres baisers.
MĂšre, aujourd’hui nous sommes trĂšs certainement repartis pour treize annĂ©es mais j’aurai pu pour une fois soulager un minimum mes pensĂ©es.
Je vous aime, Votre fils. 

23 commentaires sur “18H34

  1. Quoi qu’elle ait pu ĂȘtre la mĂšre ne se retire jamais Ă  jamais.La lune qui nous en a fait sortir est une inlassable narratrice. Dans des tant et des moins que les horloges ignorent, elle fait sonner sa prĂ©sence.
    N-L

  2. J’ai toujours beaucoup de mal Ă  comprendre qu’une mĂšre puisse ĂȘtre cruelle alors qu’elle abrite la vie en elle, qu’elle donne la vie, et quoi de plus beau que la vie! Je ne peux m’empĂȘcher de penser que c’est souvent parce que la mĂšre est elle-mĂȘme en souffrance qu’elle fait souffrir son enfant Ă  son tour. Votre lettre est poignante, bouleversante, dĂ©chirante. Peut-ĂȘtre que ce serait une bonne chose finalement que la mĂšre dont il est question dans ce texte tombe sur cette lettre? Merci pour cette belle et trĂšs Ă©mouvante lecture.

  3. Il y a des mĂšres qui ne peuvent pas l’ĂȘtre…Celle-ci n’a pas pu s’immerger de ce rĂŽle. Ca ne fait pas de l’enfant un futur adulte perturbĂ©. C’est juste que chaque famille est diffĂ©rente et qu’on doit tous faire le deuil des parents idĂ©aux, se dĂ©tacher des images parfaites et devenir plus grand que tout ça avec courage. Merci pour ce partage.

  4. Bon jour,
    Toute mĂšre est singuliĂšre, tout enfant est singulier … le manque est un couperet … le ressenti entre froid et chaud au tempĂ©rament une libĂ©ration de la souffrance serait aussi une souffrance …
    Max-Louis

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