Lettre amère.
 
Mère,
 
Voici aujourd’hui treize ans que je ne vous ai pas vue, treize longues années à espérer votre retour à mes côtés. Mère, si vous saviez à quel point votre présence me manque, si vous saviez ce que l’imagination du doux son de votre voix génère comme sensations en moi.
Mère, je ne sais même plus avec les années comment devrais-je vous nommer. Parfois je me plais à dire que je devrais attester que vous êtes ma maman, mais vous et moi savons qu’une génitrice qui abandonne son enfant ne peut être une maman. Elle ne peut être qu’une créatrice destructrice de sentiments. Mère, mes larmes coulent comme une hémorragie interne, elles sont silencieuses mais font un mal incommensurable, je souffre de votre absence, souffre de cette souffrance profonde et intense que vous me procurez même a distance. Vous ne pourriez imaginer le tourment empli d’amertume que me procurent les quelques photos qu’il me reste de vous et que je regarde avec désolation et chagrin de temps à autre. 
Mère, voici aujourd’hui treize ans que je ne vous ai pas vue, voici treize ans que mes yeux ne vous ont pas contemplée, treize ans que je n’ai pu lorgner sur nos embrassades, treize ans que je n’ai pu percevoir ou apercevoir l’ombre de vos gestes. Mère, si vous saviez à quel point votre présence me manque, j’idolâtre de vous entrevoir les jours où je marche seul sur les trottoirs de ma ville. Je deviens fou de votre absence si présente qu’elle me rend intensément fragile. Mère, mes larmes coulent comme une effusion de sang, c’est laid, mauvais, médiocre et vilain, mais je dois vous avouer qu’il ne me reste que cela et ce « cela » me rassasie de chagrin. 
Mère, je ne sais même plus avec les années ce qu’est l’amour parental que vous aviez pu me porter, je suis en torture de n’avoir votre attachement tendre et passionné, mon corps se martyrise seul de ne pouvoir vous chérir avec vénération et épris d’entichement passionnel. Mère, je sanglote une nouvelle fois, si vous pouviez me voir rejeter cette quantité phénoménale de gouttes salées, je suis sûr qu’avec peut-être une once de chance vous seriez touchée. Mes yeux larmoient des perles si énormes, si dures et douloureuses, que j’en viens à vouloir périr de notre désunion. Vous savez, vous aviez raison, je suis faible, peut-être même plus que dans votre imagination la plus productive, car je m’affaiblis jour après nuit de ce clivage si démarqué qui nous unit. 
Mère, voici aujourd’hui treize ans que je ne vous ai pas vue, encore à ce jour les raisons m’échappent, encore actuellement le mobile m’est incompréhensible, encore présentement le prétexte m’est indéchiffrable. Mère, si vous saviez à quel point j’agonise, à quel point je me dissous de cette dissidence excessive. Mère, j’ai peur de m’éteindre de cette perte d’affection maternelle, je succombe minute après seconde de vos baisers qui me soulageaient tant, je dépéris de vos bras réconfortants, de vos mots si estimables lorsqu’ils m’étaient destinés. 
Mère, voici aujourd’hui treize ans que je ne vous ai pas vue, et voir à mes yeux est d’une indispensabilité vitale, voir c’est discerner, saisir, se rendre compte ou alors comprendre, trouver et savoir. Mais aujourd’hui je ne vois plus, je n’assiste plus et en viens à ne même plus réussir à vous imaginer sans que cela soit faussé par les années d’absence écoulées. Mère, si vous saviez l’amour que je vous porte, malgré la violence, malgré l’abandon et malgré les insultes. Si vous saviez l’adoration que je ressens, en dépit des coups, en dépit de la brutalité et en dépit de la véhémence impétueuse et révoltante que vous me portez. Mère, vous me manquez, c’est ancré dans mon corps, c’est douloureux, tranchant, sanglant, mais je ne peux rien y faire. Vous me manquez et j’en hurle de douleur et de torture, au mépris de tout le mal que vous m’avez fait et ferez.  Mère, mes larmes coulent comme une hémorragie interne, mais encore une fois je tairai mes pensées en les écrivant pour relâcher le trop-plein de sentiments gâchés, tout en sachant que vous ne tomberez jamais sur ces pensées tombées de mon cerveau obscurci par cette lobotomie qu’est le manque de votre amour si tendre qu’il en est dans mes plus profonds souvenirs ancré de bonheur et de tendres baisers.
Mère, aujourd’hui nous sommes très certainement repartis pour treize années mais j’aurai pu pour une fois soulager un minimum mes pensées.
Je vous aime, Votre fils. 
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23 Replies to “18H34”

  1. Bon jour,
    Toute mère est singulière, tout enfant est singulier … le manque est un couperet … le ressenti entre froid et chaud au tempérament une libération de la souffrance serait aussi une souffrance …
    Max-Louis

  2. Il y a des mères qui ne peuvent pas l’être…Celle-ci n’a pas pu s’immerger de ce rôle. Ca ne fait pas de l’enfant un futur adulte perturbé. C’est juste que chaque famille est différente et qu’on doit tous faire le deuil des parents idéaux, se détacher des images parfaites et devenir plus grand que tout ça avec courage. Merci pour ce partage.

  3. J’ai toujours beaucoup de mal à comprendre qu’une mère puisse être cruelle alors qu’elle abrite la vie en elle, qu’elle donne la vie, et quoi de plus beau que la vie! Je ne peux m’empêcher de penser que c’est souvent parce que la mère est elle-même en souffrance qu’elle fait souffrir son enfant à son tour. Votre lettre est poignante, bouleversante, déchirante. Peut-être que ce serait une bonne chose finalement que la mère dont il est question dans ce texte tombe sur cette lettre? Merci pour cette belle et très émouvante lecture.

  4. Quoi qu’elle ait pu être la mère ne se retire jamais à jamais.La lune qui nous en a fait sortir est une inlassable narratrice. Dans des tant et des moins que les horloges ignorent, elle fait sonner sa présence.
    N-L

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