C’était une phrase qui ne se disait pas, ou peut-être plus, quoi qu’il en soit il me semblait que je l’avais déjà entendue.

Éternellement était un signe du néant, c’était même l’annonce d’une inanité, d’une faiblesse ou d’une misère. Ce n’était pas de la mélancolie, c’est dissemblable. Tu t’attendais à une tristesse, à de l’ennui, mais rien ne se fit, rien ne vit le jour ni la nuit. C’était plus nuisible que cela, plus épouvantable dans la pénibilité exécrable. Ça sentait l’horrible odeur du mauvais jour, ça laissait un sillage fétide qui te prouvait que tu allais une nouvelle fois être dans la pestilence de tes sentiments. C’était fini, on achevait la contemplation et usait la concupiscente volupté. Tu réalises que l’on vient de faire un infanticide sentimental de tes petites dévotions que tu protégeais, que tu défendais et que tu berçais sur des airs musicaux cultes, qui accomplissaient la mélodie de ta piété.

Te voici victime du crime tendre, qui par un mysticisme est en réalité un égorgement d’une idylle libertine.

Tu regardes les yeux trempés de tes intrigues, et constate le génocide de tes luxures, c’est brutal, féroce, virulent, mais tu t’y attendais. La torture est là, elle t’avait prévenu, mais tu as continué, tu as cru pour je ne sais quelle idée préfabriquée que tout allait fonctionner. C’était l’impétueuse réalité. Ton hymen cérébral est pourtant arraché, ce n’est pas la première fois, mais cette fois il y a une migraine qui t’assomme, tes poumons se décollent, ta respiration manque d’oxygène, tes engouements se meurent. Et tu regrettes, tu pleures, tu déplores avec sanglot l’échec, tu te reproches l’état physique de la débâcle. Mais tu sais, oui tu connais cette sensation dans ta peau, c’est à l’intérieur de toi, comme une gangrène, ça pourrit dans ta chair, rend véreux chaque cellule de ton corps, corrompt tes neurones les uns après les autres. Tu t’empoisonnes, fonds en larmes, tu brailles, chiales, hurles, saignes des larmes, ta bouche se nécrose à force de mordillement haineux, tu reconnais les erreurs mais jamais les faits.

Alors tu avances sans avancer mais tu te promets une chose, plus jamais tu n’entendras cette phrase, à condition que plus jamais tu ne dises ce mot. Et tu avanceras, une nouvelle fois, contre tout, contre toi, tu iras là où tu voudras. Tu t’en sortiras, une nouvelle fois, sans lui, donc sans une partie de toi, tu bomberas les épaules, regarderas loin devant, sans haine, sans rage, sans peine.  Tu te refuseras les remords, le déshonneur et le discrédit. Tu garderas exclusivement l’espérance et l’appétence. Quelle appétence ? De trouver la prospérité, l’émotion, la béatitude, la joie, le plaisir, le ravissement, la satisfaction… l’enchantement… l’euphorie… et, qui sait, peut-être l’extase. Car tu songeras un jour à t’en sortir, une nouvelle fois, et tu songeras à faire de toi tout ce qu’ils ne sont pas.

Car aimer c’est un attachement, et toi à présent tu es dévoué à être détaché du dévouement et du lien de l’inséparabilité. Vivre sans aimer, c’est mourir sans espérer.

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