Aider, mais se condamner, assister ceux que l’on aime en s’appuyant sur un secours collaboratif, mais comprendre que l’incurable ou l’inguérissable nous meurt et nous rend irrémédiablement inutiles dans notre abîme.

Donner un coup de main sans se protéger, soutenir en soulageant nos pensées sans subvenir à ses nécessités, c’est s’écarter en s’isolant de tout, en absorbant des pensées avariées d’un gâchis oiseux qui nous désempare et nous déconfit dans un désert dépeuplé d’errance et de fourvoiement. 

J’aurais aimé être là, le jour où tu marchais sur le pont de ton roman, celui qui allait signer la fin de tes peurs tourbillonnantes de poison emprisonnant. J’aurais aimé être au loin dans le paysage brumeux, pour te donner la main avant que tu ne sautes dans les vagues écumeuses de tes actes présomptueux. J’aurais aimé être à tes côtés pour te murmurer que le tumulte défectueux de ton passé ne pouvait pas devenir l’impétueux avenir que tu pensais avec certitude douloureux. J’aurais aimé être là, le jour où tu marchais sur le pont de ton roman, mais ce jour-là, j’ai cru férocement que ce n’était qu’une nouvelle fois la sonnerie alarmante d’une envie sans réelle résonance. J’aurais aimé être au loin dans le paysage douloureux de ton corps pour y apporter un peu de lumière, mais toi et moi savons que ta fougue coutumière t’aurait emmené tout de même une matinée ou l’autre dans les nébuleuses d’un paradis que tu pensais bien plus fabuleux que ce monde, que tu n’as cessé de trouver crapuleux. 

En réalité, j’aurais aimé être là, le jour où tu marchais sur le pont de ton roman, pour t’accompagner dans le dernier chapitre bouillonnant de tourbillons violents que tu achevais.

J’aurais aimé être là pour te fredonner cette chanson que seul toi et moi connaissons, je l’aurais fait tout en te tenant la main, tout en t’embrassant une dernière fois comme nous le faisions quand tout allait à l’unisson.

J’aurais aimé, mais pour une fois, je n’y ai pas cru et en conséquence, tu as sauté du pont de ton roman sans que je puisse une dernière fois te dire que tu étais ma librairie de sentiments. Tu as sauté de si haut que j’entends dans le fond de mon inconscient ton crâne se fracasser contre les vagues de mes regrets. J’aurais aimé être à tes côtés pour éviter que le vent pactise avec le son, pour étendre la violence du bruit de ton squelette se démolir contre les flots étendus de nos ferveurs que l’on n’a su reconquérir. J’aurais aimé t’aimer, peut-être, un peu plus, mais la réalité est que la plaine et les rivages t’auraient tout de même happé, pour que tu finisses dans le sillage d’une plage, tel le poète désespéré que tu aimais être sans camouflage. J’aurais aimé être là, le jour où tu marchais sur le pont de ton roman pour t’accompagner dans ce saut, et très certainement moi aussi, j’aurais étais capable de me briser les os contre les ondes que formait cet océan de fatigue que nous étions tous deux, mon éreinté. 

En réalité, j’aurais aimé être là pour que nous n’en soyons plus là. Mais ce roman était le tien, et ces pages devaient porter ton écriture. Tu les as rédigées avec l’encre de ton sang et je les lis avec les larmes de mon corps. J’aurais aimé être là, le jour où tu déambulais sur la passerelle encyclopédique de tes mémoires, juste pour te narrer le récit de ta vie et t’entendre me conter une dernières fois les fables de ta biographie, seulement pour que nous fermions en harmonie cet ouvrage. Mais ce livre, je devrai le poser sur le chapitre le plus fort de notre recueil, seul comme tu l’étais le lendemain dans ton cercueil. 

Aider, mais se condamner, c’est composer une œuvre manuscrite en ruinant sans neutralité la fraternité de vos déceptions mal jugées.

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6 Replies to “09H01”

    1. Merci, vous n’imaginez pas à quel point cela me touche, l’écriture et un médicament pour moi, et savoir que des personnes trouvent que mon travail vaut le coup me rend heureux et me remplit de courage.

  1. Bon jour,
    Les mots ne meurent pas. Il sont parfois étais pour la construction d’un pont la main-courante en option à défaut de la main qui secours peut-être une main d’encre qui laisse filer les angoisses et volatilise l’ancre de mourir car c’est bien cela dont il est question cette mort qui coupe le fil qu’il soit de coton ou d’acier il n’est question que de temps à souffrir et le regard de l’autre comme émerveillé de tenir encore le gouvernail de sa barque emporte par la résilience l’entourage qui ne voit que l’illusion …
    Max-Louis

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